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Nigeria : un labo de meth démantelé, l'influence des cartels mexicains perdure

Un policier se tient près d'une partie d'une saisie de 1,8 tonne de méthamphétamine à Madrid, en Espagne, le 16 mai 2024.   -  
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Nigéria

Les chaudrons de cuisson et les cuves contenant des produits chimiques ont été retrouvés dans un hangar abandonné, caché au cœur d'une forêt nigériane — vestiges d'un réseau transnational présumé de fabrication de méthamphétamine, d'une valeur de plusieurs millions de dollars.

Les autorités ont démantelé mercredi ce laboratoire de méthamphétamine rudimentaire et de fortune, après qu'un procès en cours, impliquant trois ressortissants mexicains, a donné lieu, la semaine dernière, à une journée d'audiences tenues sur place.

L'AFP s'est rendue dans ce laboratoire, situé dans le sud-ouest de l'État d'Ogun, en compagnie d'agents de l'Agence nationale de lutte contre les stupéfiants (NDLEA), alors que ceux-ci faisaient appel à un soudeur et à un menuisier locaux pour démonter les chaudrons et le matériel de filtration utilisés pour fabriquer de la méthamphétamine.

Plaque tournante

Ces dernières années, l'Afrique de l'Ouest s'est imposée comme une plaque tournante pour le trafic de drogue en provenance d'Amérique du Sud et à destination de l'Europe — principalement de la cocaïne.

Mais cette saisie de méthamphétamine — qui a permis de démanteler le plus grand laboratoire de ce type jamais découvert au Nigeria — laisse entrevoir l'implication des cartels mexicains dans le pays, ont déclaré les autorités locales. "Quant à notre capacité à lutter contre les cartels… oui, nous sommes prêts", a déclaré à l'AFP James Taalba, commandant adjoint chargé de la lutte contre les stupéfiants au sein de la NDLEA.

"Nous disposons de personnes capables de remédier à une telle situation", assure-t-il.

Le laboratoire était situé sur un terrain d'un acre, au cœur d'une forêt à cheval sur la frontière entre les villages d'Abidagba et d'Iroto.

En mai, les autorités ont arrêté dix personnes — dont sept Nigérians — et ont mené une descente dans cette installation, ainsi que dans deux propriétés résidentielles situées dans un quartier huppé de Lagos, saisissant ainsi pour 360 millions de dollars de méthamphétamine et de produits chimiques utilisés pour sa fabrication.

La procédure judiciaire se poursuit actuellement devant les tribunaux — qui ont repris leurs activités en présentiel — à Lagos.

Le tribunal a ordonné le démantèlement du laboratoire pour des raisons environnementales, a déclaré Patricia Afolabi, directrice du service de police scientifique de la NDLEA, invoquant la pollution des nappes phréatiques et de l'air causée par les produits chimiques utilisés pour fabriquer la drogue.

Des fûts contenant des produits chimiques et des produits semi-finis avaient été laissés dans le hangar à titre de pièces à conviction ; ils dégageaient encore des vapeurs suffocantes lors de la visite de l'AFP.

Trafic international, production locale

Les ports d'Afrique de l'Ouest sont devenus des points d'escale prisés pour les cargaisons transcontinentales de cocaïne à destination de l'Europe, et une partie de cette marchandise de contrebande se retrouve sur les marchés locaux de la drogue — une situation que les services de santé de la région, qui manquent cruellement de moyens, ont beaucoup de mal à gérer.

D'autres substances, comme la méthamphétamine, peuvent être fabriquées sur place.

Les saisies de méthamphétamine et les descentes dans des laboratoires au Nigeria sont en hausse depuis environ 2011, selon un rapport de 2019 de l'Institut d'études sur la sécurité, à mesure que des spécialistes latino-américains exportaient leur savoir-faire vers ce pays.

Un autre ressortissant mexicain a été arrêté lors d'une opération anti-méthamphétamine menée en juin dans l'État d'Oyo.

Florence Banjo, une agricultrice de la région, a déclaré que l'odeur nauséabonde provenant du laboratoire de méthamphétamine se propageait parfois jusqu'à son village voisin d'Abidagba, situé à environ un kilomètre de là.

Bien que certaines terres agricoles se trouvaient à moins de 500 mètres du site, le laboratoire était dissimulé par la forêt.

Banjo pensait que l'odeur venait d'une porcherie ; elle n'aurait jamais imaginé qu'elle provenait d'un laboratoire de méthamphétamine.

L'effervescence et l'activité de chantier qui régnaient autour du site lui avaient d'abord donné de l'espoir.

"Nous avions entendu des rumeurs selon lesquelles ils allaient construire un lotissement à cet endroit, et j'étais content qu'ils aient enfin asphalté la route qui mène à notre village", a déclaré cet homme de 59 ans à l'AFP.

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