Guinée équatoriale
À la mi-février, le collectif All Eyes on Wagner a publié les noms de 1 417 Africains recrutés par Moscou entre janvier 2023 et septembre 2025 pour combattre en Ukraine. Si plus de 300 d’entre eux ont trouvé la mort, d’autres comme Daniel Angel Masie Nchama, étudiant en informatique de 22 ans originaire de Guinée équatoriale, ont réussi à fuir.
De retour chez ses parents, dans leur modeste maison de Malabo, la capitale, Daniel s'est remémoré le froid glacial, la faim, la peur et, enfin, sa fuite — rendue possible grâce aux efforts diplomatiques de son pays.
"Ils nous ont d’abord remis des formulaires rédigés en russe. Ils étaient en russe et aucun d’entre nous ne comprenait le russe. Nous leur avons dit que nous ne pouvions pas, nous leur avons d’abord dit que nous ne pouvions pas signer des documents dont nous ne comprenions rien. Ils ont répondu qu’ils ne pouvaient pas les traduire tout de suite car il était un peu tard", a décrit Daniel Angel Masie Nchama.
Après avoir signé le fameux contrat, leurs passeports ont ensuite été confisqués et ne leur ont jamais été rendus. Après deux semaines d’"entraînement de base", au lieu des huit mois initialement promis –, son groupe a été transféré en Ukraine.
"Puis, cette nuit-là, un soir comme celui-ci, ils nous ont dit de nous habiller, de monter dans un véhicule blindé… Nous étions déjà en route vers le champ de bataille et ils ne nous avaient rien dit. Je me suis rendu compte que nous étions sur le champ de bataille lorsqu’un missile nous a touchés. Ils (l’ennemi, ndlr) ont tiré un projectile sur la voiture dans laquelle nous nous trouvions et deux camarades ont été tués", a expliqué le jeune homme.
En mars, il a alerté ses parents de sa situation critique et ceux-ci ont porté l’affaire à l’attention des médias. Son histoire est devenue virale sur les réseaux sociaux et a fait grand bruit dans tout le pays.
Le gouvernement de la Guinée équatoriale a rapidement déclaré qu’il prendrait des "mesures diplomatiques" pour obtenir sa libération.
Il a enduré 11 jours supplémentaires éprouvants au front, sous les attaques incessantes des drones ukrainiens, qui n’ont été interrompues que par une chute de neige inattendue. De retour à Mourmansk, dans l’Arctique russe, le haut commandement militaire l’a décoré et lui a fait miroiter la perspective d’un poste à part entière dans l’armée ainsi que d’un passeport russe.
"Ils m’ont promis une maison, une voiture… J’allais devenir Russe", a déclaré Nchama en montrant les trois médailles qu’il a reçues. Il a finalement menti à ses supérieurs pour s’échapper. "J’ai dit que j’allais passer le week-end chez un ami — j’ai même inventé un nom. L’ambassadeur de Guinée équatoriale m’a retrouvé à l’aéroport et m’a emmené chez lui", a raconté Nchama.
"Je ne sais pas s’il s’agissait d’une lettre du gouvernement de la Guinée équatoriale. Elle a été envoyée à l’ambassade de Russie, mais j’ai reçu un appel, non pas sur mon portable, ni sur mon téléphone mobile, mais sur le portable de mon commandant, qui me demandait si je voulais rentrer dans mon pays", a-t-il ajouté.
Son père, qui s’est déclaré "l’homme le plus heureux du monde" lors du retour de son fils, exhorte désormais les jeunes qui souhaitent partir à l’étranger, ainsi que leurs familles, à se méfier des promesses vagues.
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