Haïti
À Port-au-Prince, les violences des groupes armés ont contraint des milliers de familles à fuir leur domicile. Dans une ancienne école transformée en refuge, près de 3 000 personnes déplacées tentent de survivre dans des conditions précaires. Parmi elles, Michel, ancien enseignant et père de famille.
Michel est assis près de l’entrée d’une ancienne salle de classe. Il observe les habitants qui défilent dans le couloir animé.
Une femme porte un seau d’eau. D’autres reviennent avec de la nourriture ou s’arrêtent pour discuter avec leurs voisins. Les enfants se faufilent entre les adultes, leurs voix résonnant dans tout le bâtiment.
Pour cet ancien enseignant de 44 ans, c’est désormais ici que se déroule son quotidien.
Il partage cette salle de classe avec sa femme, Islande, et leurs trois enfants, ainsi qu’avec une trentaine d’autres personnes, elles aussi contraintes de fuir leur domicile.
Interrogé sur l’avenir, Michel déclare : "Notre objectif ultime est la réinstallation ; on ne se sent jamais bien tant qu’on n’est pas chez soi."
Autrefois dans cette école, résonnait les voix d’environ 500 élèves. Depuis 2024, elle accueille près de 3 000 personnes déplacées à cause des violences qui secouent la capitale haïtienne.
Ses couloirs sont devenus des espaces de vie collective. Les résidents vendent de petits objets pour gagner un peu d’argent, les femmes font la queue devant les réservoirs d’eau et les repas sont préparés dans des cuisines communes.
La vie quotidienne suit son cours, mais l’intimité est rare et l’avenir reste incertain
Avant leur déplacement, Michel travaillait comme enseignant, tandis que sa femme dirigeait une petite entreprise. Ensemble, leurs revenus leur permettaient de subvenir aux besoins de leurs enfants.
Puis, des hommes armés ont attaqué leur quartier, pillant et incendiant les maisons.
Debout à ses côtés, sa femme l’écoute en silence, le visage marqué par la tristesse.
Elle a elle aussi perdu son activité. Les revenus qui contribuaient autrefois à faire vivre la famille ont disparu, la contraignant à dépendre de l’aide humanitaire et des quelques opportunités qu’elle parvient à trouver.
La famille a dû fuir à plusieurs reprises avant de trouver refuge dans cette école. Ce qui devait être un abri temporaire est devenu leur foyer pour une durée indéterminée.
Deux de leurs enfants sont scolarisés. Le plus jeune, âgé de 5 ans, n’a pas encore commencé l’école. Pour un père qui enseignait autrefois, l’éducation fait désormais partie des nombreuses incertitudes liées au déplacement.
Dans une autre salle de classe, une association locale organise des activités de soutien psychosocial pour les enfants. Face aux contraintes de la vie en communauté, ces séances leur offrent un espace pour jouer, participer et se sentir écoutés.
Dans la cuisine commune, d’énormes marmites de riz et de sauce mijotent pendant que les résidents s’affairent à la préparation des repas. Plus de 500 kg de riz sont ainsi cuisinés, mais pour beaucoup, ce repas constituera leur seul de la journée.
La famille de Michel a bénéficié d’une aide alimentaire et financière. Sans ce soutien, "nous ne survivrions pas", affirme-t-il.
Elle fait partie des près de 1,5 million de personnes déplacées en Haïti, soit environ 12 % de la population du pays.
Il s’agit d’une crise nationale. Derrière ces chiffres se trouvent des familles qui tentent de permettre à leurs enfants de poursuivre leur scolarité, de trouver du travail et de retrouver un lieu de vie sûr.
Plus de 1 600 écoles ont fermé leurs portes au cours de la dernière année scolaire en raison des violences.
Malgré des conditions d’intervention difficiles, les organisations humanitaires continuent de fournir de la nourriture, des abris, des soins de santé, de l’eau potable, des services d’assainissement, une protection ainsi qu’un soutien psychosocial.
Mais les ressources restent insuffisantes face à l’ampleur des besoins. D’un montant de 880 millions de dollars, le Plan de réponse humanitaire pour Haïti vise à venir en aide à 4,2 millions de personnes. Il n’est toutefois financé qu’à hauteur de 49 %.
Pour les familles qui vivent ici, l’aide d’urgence reste indispensable, tout comme l’espoir de pouvoir un jour s’en passer.
Pierre, président du site d’hébergement, s’interroge régulièrement sur l’avenir des jeunes. Il souhaite que les enfants puissent être scolarisés et que les jeunes adultes aient la possibilité d’apprendre un métier.
"On dit toujours que l’avenir d’un pays repose sur sa jeunesse", explique-t-il.
"Mais les jeunes doivent avoir un métier, une compétence. Si vous mettez en place un programme de réinsertion sociale et de développement personnel pour nos jeunes, ils pourront apprendre un métier, quelque chose de concret, que ce soit la réfrigération, le carrelage ou la plomberie. Vous comprenez ? Grâce à cela, ils gagneront en confiance en eux."
L’aide humanitaire, à elle seule, ne suffira pas. Les communautés haïtiennes ont besoin d’un soutien qui dépasse le cadre de l’urgence : des quartiers plus sûrs, un meilleur accès aux services de base et de véritables possibilités de gagner leur vie.
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