Bienvenue sur Africanews

Merci de choisir votre version

Regarder en direct

Infos

news

RDC : à Goma, les sanctions US contre Kigali suscitent des réactions contrastées

Des habitants, dans un village du territoire de Masisi, dans la province du Nord-Kivu, au Congo, vendredi 18 septembre 2026.   -  
Copyright © africanews
Moses Sawasawa/Copyright 2026 The AP. All rights reserved

République démocratique du Congo

Au lendemain de l’annonce des sanctions américaines visant le ministère rwandais de la Défense et une institution financière rwandaise, les réactions sont contrastées à Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo.

Dans cette ville du Nord-Kivu, marquée par des mois de conflit, certains habitants espèrent que cette décision accentuera la pression sur Kigali. D’autres restent sceptiques, après plusieurs initiatives diplomatiques qui n’ont pas encore permis de ramener une paix durable sur le terrain.

À Goma, l’annonce des sanctions américaines contre le Rwanda suscite des attentes, mais aussi une certaine lassitude.

Dans cette ville de l’est de la République démocratique du Congo, où les conséquences du conflit continuent de peser sur le quotidien des habitants, les nouvelles décisions prises à l’étranger sont accueillies avec prudence. Pour beaucoup, l’essentiel reste de voir la situation sécuritaire évoluer concrètement.

Jimmy Buhenwa, habitant de Goma, doute de l’efficacité de ces mesures. À ses yeux, les accords et les sanctions annoncés ces derniers mois n’ont pas encore produit les changements espérés. « Si pour une fois ces sanctions avaient de l’ampleur, on allait déjà constater un changement. Mais depuis qu’il y a des accords et des sanctions, nous ne voyons aucun changement », déplore-t-il.

Son témoignage traduit une frustration largement liée à l’écart entre les annonces diplomatiques et les réalités vécues par les populations.

Pour les habitants de Goma, les négociations engagées pour mettre fin à la guerre se succèdent, mais la perspective d’un retour durable à la normale reste incertaine.

David Kalamembo partage ce sentiment d’impuissance. Face à des décisions dont les effets lui paraissent peu visibles, il exprime avant tout le souhait de voir la guerre prendre fin. « On parle des sanctions, mais elles ne changent rien. C’est pourquoi nous demandons à Dieu de nous aider en mettant fin à la guerre et que nous puissions redevenir comme avant », confie-t-il.

Derrière ces paroles se dessine une même attente : celle d’une paix qui ne se limite pas aux déclarations officielles, mais qui se traduise par une amélioration tangible des conditions de vie et de sécurité.

Les sanctions américaines interviennent alors que plusieurs initiatives diplomatiques sont en cours pour tenter de mettre fin au conflit dans l’est de la RDC. Washington maintient la pression sur Kigali, accusé de soutenir militairement le mouvement politico-militaire Front pour la Refondation de la Nation (FRN), dirigé par l’ancien président congolais Joseph Kabila.

Les mesures annoncées le mercredi 28 octobre visent le ministère rwandais de la Défense ainsi que Zigama Credit and Savings Society, une institution financière rwandaise accusée d’avoir facilité le soutien financier au mouvement armé.

En ciblant des structures étatiques et financières, les États-Unis cherchent à exercer une pression sur Kigali et à rappeler les engagements pris dans le cadre des efforts diplomatiques visant à résoudre la crise congolaise.

À Goma, certains habitants veulent croire que cette pression supplémentaire pourra contribuer à débloquer la situation.

Michel Kamango espère que les sanctions auront un effet sur les acteurs concernés et favoriseront le retour à la paix. « Je crois qu’il y aura une pression, vu qu’il y avait des accords. Et je crois que tout ira bien et bientôt, nous croyons que la paix va revenir », affirme-t-il.

Cette confiance reste toutefois mesurée. Pour les habitants, la multiplication des initiatives internationales ne constitue pas, à elle seule, une garantie de changement. L’efficacité des sanctions dépendra notamment de leur portée, de leur application et de leur capacité à infléchir le comportement des acteurs impliqués dans le conflit.

Aluta Ramazani résume cette attente en quelques mots : « Tout ce que nous voulons est que la paix revienne dans notre Congo. Nous n’avons pas besoin d'autres choses, nous avons juste besoin que les choses changent. »

Au-delà des espoirs qu’elles suscitent, ces mesures soulèvent des interrogations sur leur capacité à peser directement sur la dynamique militaire dans l’est de la RDC. Si elles visent des structures rwandaises accusées d’apporter un soutien au mouvement armé, leurs conséquences concrètes sur les opérations militaires et les rapports de force restent difficiles à anticiper.

Pour Fidel Banso, analyste indépendant, la question centrale est celle de l’efficacité réelle de ces mesures dans le cadre des engagements diplomatiques déjà pris. « Est-ce que toutes ces sanctions-là ont contribué à ce que le processus de Washington puisse être respecté ? Ces sanctions américaines contre le gouvernement rwandais, contre la défense rwandaise, d’une part, elles peuvent avoir des implications sur le gouvernement rwandais. Mais je ne vois pas en quoi ces sanctions peuvent avoir des implications sur le mouvement politico-militaire à Goma », analyse-t-il.

Cette distinction souligne l’un des principaux défis de la stratégie américaine : faire pression sur les institutions mises en cause tout en obtenant des résultats dans un conflit où interviennent plusieurs acteurs politiques et militaires. Les sanctions peuvent accroître les coûts diplomatiques et financiers associés au soutien présumé au mouvement armé. Mais leur effet sur la situation sécuritaire dépendra aussi de la manière dont elles seront appliquées et de la réaction des parties concernées. Leur annonce ne signifie donc pas nécessairement un changement immédiat sur les lignes de front.

Pour les populations de Goma, cette différence entre pression diplomatique et évolution de la situation sur le terrain reste essentielle. Ce qu’elles attendent, au-delà des annonces, ce sont des signes concrets d’apaisement.

À Kinshasa, les sanctions américaines ont été saluées par les autorités congolaises.

Crispin Mbadu, ministre délégué aux Affaires étrangères chargé de la Francophonie et de la Diaspora congolaise, a exprimé son soutien à cette décision dans un message publié sur le réseau social X.

Pour les autorités congolaises, ces mesures s’inscrivent dans les efforts visant à obtenir le respect des engagements pris pour mettre fin au conflit.

À Kigali, le ton est tout autre. Le chef de la diplomatie rwandaise, Olivier Nduhungirehe, a rejeté auprès de l’Agence France-Presse toute responsabilité du Rwanda dans la crise congolaise. Ces positions opposées illustrent les divergences persistantes entre les deux pays, alors que les initiatives diplomatiques cherchent toujours une issue à la crise dans l’est de la RDC.

À Goma, loin des échanges entre capitales, les réactions des habitants oscillent ainsi entre espoir et désillusion. Certains voient dans les sanctions américaines une occasion de renforcer la pression sur Kigali. D’autres attendent encore la preuve que ces décisions pourront contribuer à changer leur quotidien.

Car, pour les populations éprouvées par la guerre, l’efficacité d’une mesure diplomatique ne se mesure pas uniquement à son annonce, mais aux résultats qu’elle produit. Tant que la paix ne se traduira pas par une amélioration concrète de la sécurité, les sanctions américaines risquent de rester, pour une partie des habitants de Goma, une promesse supplémentaire dont les effets restent à démontrer.

Voir plus