République démocratique du Congo
À Uvira, dans le Sud-Kivu, la première édition du championnat national de football pour amputés réunit, du 23 au 25 septembre, des joueurs venus de trois provinces. Soutenue par le Comité international de la Croix-Rouge, cette compétition entend favoriser l’inclusion des personnes handicapées et offrir aux victimes de conflits un espace de reconstruction par le sport.
Le ballon roule désormais entre béquilles et jambes valides au stade de l’Unité d’Uvira. Lancé mercredi 23 septembre, le premier championnat national de football pour amputés en République démocratique du Congo rassemble des athlètes du Sud-Kivu, du Nord-Kivu et du Tanganyika, autour d’une même ambition : faire du sport un levier d’inclusion et de réinsertion.
La rencontre inaugurale entre le Sud-Kivu et le Nord-Kivu s’est soldée par un match nul (1-1). Au-delà du résultat, cette première journée a surtout offert aux joueurs l’occasion d’évoluer sur une scène nationale et de mettre en valeur leur talent et leur engagement sportif.
Pour certains participants, le terrain est aussi un espace de reconstruction après des parcours marqués par les violences. Félix Bisengimana, joueur du Nord-Kivu, a perdu une jambe dans l’explosion d’une bombe alors qu’il fuyait les combats. « Les éclats m’ont sectionné la jambe », témoigne-t-il. Comme lui, plusieurs joueurs portent dans leur chair les séquelles des conflits qui ravagent l’est de la RDC.
L’amputation a souvent bouleversé leur mobilité, leur activité professionnelle et leur vie sociale. Le football leur permet toutefois de retrouver une forme de confiance et de se définir autrement que par leur handicap. « Je me sens renaître, malgré mon handicap. Aujourd’hui, je me sens libre, en paix et pleinement épanoui grâce au football », témoigne Ngongo Lambert, capitaine du Tanganyika.
Outil d’inclusion
Organisée par le Comité national paralympique congolais, la compétition bénéficie du soutien financier du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Pour sa présidente, Betty Myangindula Mbenza, le sport adapté doit permettre aux personnes handicapées de valoriser leurs talents et d’encourager d’autres jeunes à pratiquer une activité sportive.
Le CICR inscrit son appui dans une démarche plus large d’inclusion. Selon Eva Bondjele, conseiller en inclusion du handicap au sein du CICR en RDC, « 90 % » des bénéficiaires de l’organisation sont des victimes des conflits armés. Le sport constitue, à ses yeux, un moyen supplémentaire de favoriser leur intégration sociale.
L’initiative reste néanmoins confrontée à d’importantes contraintes. Cinq provinces étaient initialement attendues à Uvira, mais seules trois ont finalement effectué le déplacement, faute de moyens. Cette participation réduite illustre les difficultés logistiques et financières auxquelles se heurte encore le développement du sport pour personnes handicapées en RDC.
Pour les organisateurs, il s’agit d’inscrire durablement le football pour amputés dans le paysage sportif national et de contribuer à changer le regard porté sur le handicap. À Uvira, les joueurs ont ainsi disputé leurs matchs pour gagner, mais aussi pour démontrer que l’amputation n’efface ni les talents, ni les ambitions, ni la place que chacun peut occuper dans la société.
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