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Crise énergétique à Cuba : vivre au rythme des coupures d'électricité

Des hommes sont assis sur le coffre d'une voiture lors d'une coupure d'électricité à La Havane, à Cuba, mardi 14 juillet 2026.   -  
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Cuba

À La Havane, vingt minutes d’électricité sont désormais perçues comme un petit miracle… même lorsqu’elles surviennent à trois heures du matin.

C’est à cette heure-là que Leidis Rodríguez, 72 ans, s’est empressée de faire cuire des haricots après le retour du courant, à l’issue de longues heures de coupure.

Face à des pannes d’électricité pouvant durer plusieurs jours, aggravées par le blocus pétrolier imposé par l’administration Trump en janvier, les Cubains organisent désormais toute leur vie autour des rares moments où le courant revient.

Ces brèves périodes d’électricité peuvent durer quelques minutes ou quelques heures et surviennent sans aucun horaire fixe, de jour comme de nuit. De plus en plus souvent, elles arrivent en pleine nuit, alors que Leidis Rodríguez et sa fille de 41 ans, Yaimara Matos, devraient dormir.

À chaque retour du courant, toute la famille interrompt immédiatement ce qu’elle faisait.

« On veut tout faire en même temps : laver le linge, repasser, cuisiner, ranger la maison, parce que c’est impossible dans le noir, et profiter un peu de la fraîcheur », explique Yaimara Matos. « Ce que nous faisions en dix heures, nous devons désormais le faire en deux. »

Cette réalité est devenue celle de millions de Cubains. L’île traverse l’une des crises les plus graves depuis la révolution cubaine, transformant le quotidien en une succession de difficultés.

Les transports publics et les activités culturelles sont fortement perturbés. Le tourisme, principal moteur de l’économie, est également en crise : plusieurs entreprises du secteur ont quitté le pays, laissant 25 000 postes vacants dans l’hôtellerie. Les vols sont régulièrement annulés, les journées de travail raccourcies, les pénuries de médicaments s’aggravent et les aliments se détériorent dans les réfrigérateurs privés d’électricité.

Les coupures de courant ne sont pas nouvelles à Cuba. Elles se sont intensifiées ces cinq dernières années en raison du vieillissement du réseau électrique, des sanctions américaines de longue date et des difficultés économiques du gouvernement cubain.

Mais la situation s’est fortement dégradée après que le président Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane aux pays fournissant du pétrole à Cuba, principale source d’approvisionnement énergétique de l’île. Associée à un durcissement des sanctions, cette politique visait à accroître la pression sur le gouvernement cubain, mais ce sont surtout les habitants qui en subissent les conséquences.

Autrefois, les coupures étaient programmées et chaque famille savait qu’elle durerait deux ou trois heures. Aujourd’hui, elles peuvent s’étendre sur 12 heures, 30 heures, voire davantage, sans aucune prévisibilité. L’effondrement du réseau survenu le week-end dernier constitue déjà la sixième panne générale enregistrée cette année.

Comme beaucoup de Cubains, Leidis Rodríguez et Yaimara Matos tentent de s’adapter. Leur famille a acheté un petit générateur électrique domestique, qu’elle ne peut faire fonctionner que quelques heures par jour.

Un soir, à 21 heures, Yaimara l’a utilisé pour pomper de l’eau et faire fonctionner sa machine à laver. D’autres habitants installent des panneaux solaires, souvent envoyés par des proches vivant à l’étranger, ou achètent des ventilateurs rechargeables et des véhicules fonctionnant à l’énergie solaire, l’essence étant également difficile à trouver.

Lianet Barroso, elle, a dû abandonner sa cuisinière à gaz pour cuisiner au feu de bois. À chaque retour de l’électricité, elle remplit autant de bouteilles d’eau que possible, sans savoir quand elle sera de nouveau disponible.

Dans plusieurs municipalités, notamment à La Havane, des habitants ont manifesté après des coupures dépassant 48 heures, en frappant sur des casseroles et en incendiant des tas d’ordures accumulés dans les rues.

Dans le même temps, l’inflation et la hausse du dollar aggravent encore les difficultés économiques, au point que certaines familles peinent à acheter du poulet, qui risque ensuite de se gâter faute de réfrigération.

À 22 heures, Caridad Delgado, ingénieure de 64 ans, préparait la nourriture de son chat à la lumière d’une lampe rechargeable, achetée grâce à l’argent envoyé par ses trois enfants ayant quitté Cuba.

« À cette heure-ci, je serais normalement en train de regarder un feuilleton à la télévision. Aujourd’hui, je n’ose même plus en rêver », confie-t-elle.

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