Espagne
Plus d'un millier de mineurs non accompagnés demeurent sans solution d'hébergement à Ceuta, où les capacités d'accueil sont largement dépassées après l'arrivée massive de migrants depuis le Maroc.
Contraints de dormir dans les rues, sur les plages ou dans des zones boisées, ces enfants sont exposés à des risques croissants de violences, de traite et d'exploitation, préviennent plusieurs ONG.
Selon les autorités locales, plus de 1 000 des quelque 2 000 migrants encore présents dans l'enclave sont des mineurs isolés. Pourtant, la ville ne dispose que de 90 places d'accueil. Les centres sont saturés et les autorités tentent d'aménager des structures d'urgence dans des écoles et des entrepôts.
Pour les associations, chaque jour passé sans hébergement sécurisé accroît les dangers. « Chaque jour qui passe sans solution ni hébergement sûr signifie que ces enfants, surtout les filles, sont exposés à toutes sortes de maltraitances », alerte Jose Miguel Morales, président de l'association Sur Acoge. Il souligne que certains enfants n'ont pas plus de dix ans et que plusieurs ont déjà été agressés pendant leur errance.
L'ONG Save the Children appelle à localiser et enregistrer rapidement tous les mineurs présents dans l'enclave, mettant en garde contre les risques accrus de violences sexuelles, de traite des êtres humains et d'exploitation auxquels ils sont exposés.
Sur le terrain, les journalistes de l'AFP ont observé des enfants dormant à même le sol, parfois avec un sac à dos pour oreiller, souffrant d'un accès limité à l'eau, à la nourriture, aux sanitaires et à des abris. L'aide repose essentiellement sur les associations locales et les habitants. L'ONG Luna Blanca affirme distribuer entre 3 500 et 4 000 repas par jour depuis le début de la crise. « Les trois premiers jours ont été extrêmement difficiles : pas de nourriture, pas d'eau, rien », témoigne Reda Saed, un migrant égyptien.
Malgré ces conditions et le lourd bilan humain de la crise, de nombreux migrants assurent qu'ils ne renonceront pas à leur projet. « Notre principale préoccupation est de ne pas retourner au Maroc. Nous voulons entrer en Europe pour gagner notre vie, pour le bien de nos familles et de nos enfants », explique Ahmad, un migrant originaire du Yémen. Pour Mohamed Ahmed Malek, venu du Darfour, le voyage est motivé par l'espoir d'étudier et de soutenir ses proches. « Je veux aller en Espagne pour améliorer ma vie, poursuivre mes études et devenir le meilleur médecin possible », confie-t-il. Saif Hibbane, ressortissant comorien, affirme quant à lui avoir fui « une guerre politique » dans son pays, évoquant des violences quotidiennes qui l'ont poussé à prendre la route de l'exil.
Cette crise migratoire continue également de s'alourdir sur le plan humain. Une commission espagnole composée de médecins légistes et d'experts de la Garde civile a porté à 80 le nombre de personnes mortes en tentant de rejoindre Ceuta. Deux nouveaux corps ont encore été repêchés jeudi. Seules quatre victimes ont pu être identifiées à ce stade. La Garde civile a ouvert un bureau dédié aux personnes disparues afin de recueillir les signalements des familles et de faciliter les identifications.
Face à cette situation, le gouvernement espagnol a débloqué 25 millions d'euros pour renforcer la prise en charge des mineurs. Leur répartition dans les autres régions d'Espagne se heurte toutefois aux réticences de plusieurs exécutifs régionaux. De son côté, le Maroc s'est dit prêt à coopérer avec l'Espagne et l'Union européenne pour identifier les mineurs non accompagnés en vue de leur retour, tout en soulignant les obstacles administratifs et judiciaires qui compliquent cette procédure.
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