Pape Léon XIV
Après une première escale en Algérie, le pape Léon XIV va poursuivre sa tournée africaine. Il est attendu au Cameroun du 15 au 18 avril.
Une visite de quatre jours qui débutera par une rencontre ce mercredi avec le président Paul Biya. Des affiches représentant le président aux côtés du pape ont déjà été placardées dans les villes à l’approche de la visite.
Certains membres du clergé camerounais craignent que cette rencontre ne permette au président de redorer son image notamment à l’international alors que le pays traverse d’importantes crises.
À 93 ans, Paul Biya est le chef d’État le plus âgé du monde. Au pouvoir depuis 1982, il a été réélu en octobre pour un huitième mandat, ce qui a déclenché des manifestations violemment réprimées. Plusieurs dizaines de personnes ont trouvé la mort, selon le gouvernement, qui n'a pas donné de chiffre exact.
"Léon XIV refuse les invitations de Trump en raison de sest choix politiques, mais accepte celles de Biya... qui tue pour rester au pouvoir", a écrit en novembre sur Facebook l'influent prêtre camerounais Ludovic Lado.
Parmi les plus récalcitrants, ce prêtre jésuite, connu pour ses positions radicales, a adressé une lettre au Vatican pour exprimer ses réserves.
Un clergé très influent
Dans ce pays de 30 millions d’habitants, plus d’un tiers de la population est catholique. Le clergé joue un rôle très influent au sein de la société camerounaise. Il n’est pas rare qu’ils abordent la politique dans leurs sermons et prennent publiquement position sur des questions politiques.
Certains membres du clergé, parfois critiques à l’égard du président, ont cherché à rassurer la communauté catholique en dissociant cette visite de tout geste de soutien à la direction du pays.
La figure de l’opposition Jean-Baptiste Homsi, qui est catholique, a admis dans une lettre ouverte adressée au pape Léon en novembre que sa visite pourrait être perçue par certains croyants comme un soutien aux dirigeants.
Cependant, à l’instar de nombreux prélats camerounais, Homsi préfère soutenir cette visite, y voyant une occasion pour le souverain pontife de s’adresser "à ces pécheurs qui souillent et détruisent la vie de millions de Camerounais, qui volent et bafouent l’avenir de millions de jeunes".
Des avis mitigés
"Notre pays a traversé de nombreuses crises… certaines crises sont toujours en cours. Le fruit que nous devons tirer de cette visite est de nous engager… en tant qu’artisans de la paix", a déclaré Samuel Kleda, archevêque de Douala, la capitale économique.
"C’est l’occasion pour nous de montrer, en accueillant le pape, que nous sommes capables de transformer notre pays", a-t-il ajouté.
Mgr Kleda a également tenu à évoquer devant les médias le sort des personnes emprisonnées, dont certaines "n’ont pas été jugées", à la suite de la "crise" postélectorale qui a suivi l’annonce de la victoire de Biya.
Au sein du clergé, Mgr Kleda est l’une des voix les plus critiques à l’égard des dirigeants.
En décembre 2024, près d’un an avant l’élection présidentielle, il a déclaré sur la chaîne française RFI que la huitième candidature de Biya à la présidence n’était "pas réaliste".
Les évêques de Bafoussam, Ngaoundéré et Yagoua se sont également montrés critiques, ce dernier affirmant qu’il préférerait voir "le diable" diriger le Cameroun plutôt que Biya.
Auparavant, l’influent cardinal Christian Tumi, décédé en 2021, avait appelé à plusieurs reprises le chef de l’État à "quitter le pouvoir", en soulignant notamment son âge.
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