Pays-bas
La juriste sud-africaine Navi Pillay, récompensée la semaine dernière pour son engagement en faveur du droit international, appelle les États à défendre concrètement l’ordre juridique mondial. Dans un entretien exclusif accordé à l’Associated Press (AP) à La Haye, elle dénonce les attaques contre la Cour pénale internationale (CPI) et rappelle que le respect du droit est une condition essentielle de la paix.
À 85 ans, Navi Pillay voit dans cette distinction une reconnaissance du travail collectif en faveur de la justice internationale. Ancienne juge de plusieurs juridictions internationales, elle estime que l’affaiblissement de l’État de droit expose l’ensemble des pays au risque de conflits incontrôlés.
« Si les États ou les chefs de guerre se mettent à déclencher des guerres individuellement, c’est le chaos », avertit-elle, soulignant que « nous sommes tous en danger » lorsque le droit cesse d’être respecté.
La magistrate sud-africaine, qui a notamment contribué à la première condamnation pour génocide par le Tribunal pénal international pour le Rwanda, insiste sur la nécessité d’examiner rigoureusement les faits, les discours des dirigeants et les actes commis sur le terrain. La prévention constitue, rappelle-t-elle, l’objectif fondamental de la Convention sur le génocide.
Ancienne membre de la Cour pénale internationale et de la Cour internationale de Justice, Navi Pillay critique vivement les pressions exercées contre les institutions judiciaires internationales. Elle qualifie les mesures américaines dirigées contre la CPI de « totalement illégales », dénonçant une politique qu’elle juge « négative et cruelle ».
Elle appelle la communauté internationale à dépasser les déclarations de principe pour engager une « action collective ». Selon elle, l’absence de certains États puissants, notamment les États-Unis et la Russie, du Statut de Rome instituant la CPI, alors qu’ils disposent d’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU, illustre les limites du système de responsabilité internationale.
La lauréate défend également les conclusions de la commission d’enquête des Nations unies sur le territoire palestinien occupé et Israël, qu’elle a présidée. Cette commission a conclu à l’existence d’un génocide à Gaza, une qualification contestée par Israël et les États-Unis. Ces conclusions demeurent au cœur d’un débat international et de controverses juridiques et politiques.
En distinguant Navi Pillay, le Comité Nobel entend rappeler, selon son président Jørgen Watne Frydnes, que le droit national et international constitue le socle d’un système destiné à préserver la paix et à régler les conflits par des moyens non violents. Pour la juriste, le principe est clair : « La paix exige la justice. »
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