Allemagne
À 80 ans, le photographe nigérian-allemand Akinbode Akinbiyi continue d’arpenter les rues des grandes métropoles africaines et européennes. Depuis plus de cinquante ans, il photographie les gestes ordinaires, les passants et les scènes du quotidien, avec une approche discrète et profondément personnelle.
Né à Oxford de parents nigérians et en partie élevé à Lagos, Akinbode Akinbiyi découvre la photographie en 1972. Autodidacte, il en fait rapidement un mode de vie. Après des études de littérature allemande, il s’installe à Berlin dans les années 1990.
Lagos, Kinshasa, Le Caire, Dakar, Johannesburg… Au fil des décennies, son appareil accompagne les transformations de certaines des grandes villes africaines. Mais Akinbiyi ne cherche ni le spectaculaire ni les images qui font la une. Il préfère observer les détails, les rencontres fugaces et les scènes qui racontent quelque chose de la vie quotidienne.
« Ma façon de travailler consiste avant tout à marcher, à déambuler même. »
Il avance lentement, presque silencieusement, attentif à ce qui se déroule autour de lui. Pour le photographe, l’image naît d’une rencontre intuitive avec un instant.
« J’essaie de me déplacer aussi lentement et aussi doucement que possible. L’essentiel, c’est de chercher des moments et de les photographier lorsqu’ils me semblent raconter quelque chose. »
La photographie comme manière de vivre
Chez Akinbiyi, la frontière entre vie et photographie semble avoir disparu. Chaque journée commence par les mêmes gestes : se lever, faire ses exercices, prendre son petit-déjeuner, puis partir photographier.
« La photographie fait véritablement partie de ma vie », explique-t-il.
Son travail est aujourd’hui exposé dans plusieurs institutions internationales. À Berlin, il est notamment présenté à la Maison des Cultures du Monde. Son œuvre est également mise à l’honneur dans le cadre de manifestations artistiques internationales, dont la Biennale de Venise et la Biennale de São Paulo.
Pour Bonaventure Soh Bejeng Ndikung, directeur de la Maison des Cultures du Monde à Berlin et commissaire de la Biennale de São Paulo, la démarche d’Akinbiyi relève d’une forme d’écoute.
Le photographe, selon lui, nous invite à « voir au-delà du spectacle » et à porter notre attention sur le quotidien, sur ce qui semble banal mais qui révèle une autre manière de comprendre une ville et ceux qui l’habitent.
Berlin, un autre territoire à observer
Depuis son arrivée à Berlin, Akinbiyi arpente régulièrement le Quartier africain, dans le district de Wedding.
Le quartier compte plus d’une vingtaine de rues portant des noms liés à l’Afrique. Ces appellations renvoient notamment à l’histoire coloniale allemande et aux territoires que l’Allemagne a colonisés ou envisagé de coloniser.
Pour Akinbiyi, ces rues constituent autant de lieux à observer, de traces historiques à parcourir et d’histoires à raconter.
Regarder ce qui passe inaperçu
Avec son appareil photo ancien, Akinbiyi réalise environ 500 pellicules par an. Pourtant, seule une infime partie de ces images est retenue pour ses séries et ses publications : moins de 10 %.
Cette sélection témoigne de sa volonté de privilégier une photographie patiente, attentive et débarrassée de l’extraordinaire.
Son travail nous invite ainsi à ralentir et à regarder autrement ce qui nous entoure : les rues, les visages, les gestes et ces instants ordinaires qui, lorsqu’on prend le temps de les observer, deviennent porteurs d’une histoire.
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