Egypte
Le président Emmanuel Macron a entamé samedi une visite en Afrique visant à renouveler l'engagement de la France envers ce continent, après des années de relations tendues avec ses anciennes colonies francophones.
Au Kenya, pays anglophone, Macron co-présidera lundi et mardi un sommet réunissant des dirigeants africains et des chefs d'entreprise, alors qu'il cherche à consolider son héritage à un an de la fin de son mandat.
Il se rendra également en Égypte et en Éthiopie dans le cadre de sa tournée en Afrique.
« Le sommet Africa Forward marque une étape importante dans les relations entre la France et le continent africain », a déclaré l'Élysée.
« La réunion portera notamment sur le développement économique et les investissements transfrontaliers », a indiqué la présidence française, soulignant qu'il s'agirait du premier forum de ce type organisé dans un pays anglophone.
Macron espère mettre en avant le renouveau des relations entre la France et le continent comme un « bilan de sa politique africaine », a déclaré un diplomate.
Le sentiment anti-français est très vif dans certaines anciennes colonies africaines, alors que le continent redevient un champ de bataille diplomatique et que l'influence russe et chinoise ne cesse de croître.
Autrefois maîtresse de vastes étendues de l'Afrique du Nord, centrale et occidentale, la France a joué un rôle crucial dans l'histoire postcoloniale du continent, intervenant à plusieurs reprises sur le plan militaire depuis le début des années 1960.
La France s'est engagée à abandonner la stratégie dite de la « Francafrique », dans le cadre de laquelle Paris cherchait à maintenir l'Afrique francophone sous sa coupe par le biais de collusions politiques, d'un accès privilégié pour les entreprises françaises et d'accords financiers opaques, y compris des actes de corruption.
« L'Afrique anglophone »
Macron est allé plus loin que ses prédécesseurs en reconnaissant les exactions commises par la France à l'époque coloniale dans des pays tels que le Rwanda, le Cameroun et le Sénégal. Il a toutefois exclu toute excuse officielle pour les actes de torture et autres exactions perpétrés par les troupes françaises en Algérie.
Avant son départ, le Parlement français a définitivement adopté une loi visant à simplifier la restitution des œuvres d'art pillées pendant l'époque coloniale.
Mais sous son mandat, les forces françaises déployées au Mali, au Burkina Faso et au Niger se sont retirées à la suite de coups d'État successifs, alors que les juntes de ces pays se rapprochaient de la Russie.
La rupture de ces liens est survenue après que Macron eut convoqué, en 2020, les dirigeants du Mali, du Niger, du Burkina Faso, du Tchad et de la Mauritanie dans la ville de Pau, dans le sud-ouest de la France, en les menaçant de retirer les troupes françaises.
Cette réunion a été largement perçue comme un retour à l'époque coloniale et a aggravé la crise dans les relations entre la France et les pays du Sahel.
Amaka Anku, responsable de la section Afrique chez Eurasia Group, un cabinet d'analyse des risques, a déclaré qu'il ne fallait pas imputer à Macron la perte d'influence de la France au Sahel.
« Ça remonte à longtemps, c'est héréditaire », a-t-elle déclaré à l'AFP.
« La meilleure chose que Macron ait faite, c'est d'avoir tenté de développer les relations de la France avec l'Afrique anglophone. »
Les chefs militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger ne participeront pas au sommet.
« Trop de bagages »
Niagale Bagayoko, spécialiste de l'Afrique, s'est montrée sceptique quant à ce que Macron pourrait accomplir.
« Il ne devrait pas y avoir de nouveauté notable dans les relations franco-africaines avant la fin du mandat d'Emmanuel Macron », a-t-elle déclaré.
« Il y a trop de bagages. »
Elle a déclaré que Macron était perçu par beaucoup en Afrique comme un dirigeant qui n'avait « pas su saisir » l'évolution de l'opinion publique et qui était considéré comme « arrogant et paternaliste ».
Certains se souviennent encore comment Macron avait failli provoquer un incident diplomatique avec le président burkinabé de l'époque, Roch Marc Christian Kabore, lors d'un discours prononcé devant des étudiants à Ouagadougou en 2017.
Certains se sont plaints de coupures de courant à répétition, et lorsque Kabore a brièvement quitté la pièce, Macron a plaisanté en disant qu’il était parti réparer la climatisation.
Les détracteurs ont également souligné que la réforme du franc CFA, une monnaie soutenue par la France et utilisée par certains pays africains, considérée comme un vestige du passé colonial, n'avait pas eu beaucoup d'impact.
L'ancien ambassadeur français Nicolas Normand a qualifié cette réforme d'« homéopathique », reprochant à Macron de ne pas saisir le poids symbolique d'un héritage de l'époque coloniale.
Avant de se rendre au Kenya, Macron inaugurera le nouveau campus d'une université à Alexandrie, dans le nord de l'Égypte, aux côtés du président Abdel Fattah al-Sissi.
Mercredi, le président français se rendra à Addis-Abeba où il s'entretiendra avec Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l'Union africaine, et le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.
Aller à la video
Mauritanie : le président Ghazouani en visite d’État en France
01:00
La rencontre entre Emmanuel Macron et le pape Léon XIV en images
00:55
Deux ex-captifs français rentrés d'Iran et reçus par Emmanuel Macron
01:05
Égypte : libération d’un militant du "mouvement du 6 avril"
01:21
Egypte : al-Sissi appelle Trump à stopper la guerre au Moyen-Orient
01:08
Égypte : plusieurs régions confrontées à de fortes pluies