France
Depuis ce mercredi, tout visiteur adulte originaire d'un pays hors Union européenne, Islande, Liechtenstein et Norvège, devra payer 32 euros (soit 37 dollars) pour entrer au Louvre, soit une augmentation de 45 %, tandis que le château de Versailles augmentera ses prix de trois euros.
Les Américains, les Britanniques et les Chinois, qui comptent parmi les visiteurs étrangers les plus nombreux du musée, seront parmi les personnes concernées, tout comme les touristes originaires de pays plus pauvres.
Le gouvernement français justifie ces augmentations en évoquant les difficultés financières, lui qui cherche à collecter entre 20 et 30 millions d'euros par an, à un moment où il est sous pression pour augmenter ses recettes et réduire ses dépenses. Une partie des fonds récoltés sera consacrée à un plan colossal de rénovation du Louvre, annoncé l'année dernière par le président français Emmanuel Macron. Estimé à environ un milliard d'euros, ce projet a été qualifié de gaspillage par les syndicats et certains critiques d'art. Si tout le monde s'accorde à dire que le Louvre est en mauvais état, cette mesure ne fait pas l’unanimité, même au sein du musée.
Une mesure qui surprend
Les syndicats du Louvre dénoncent cette politique qu’il qualifie de "choquante sur le plan philosophique, social et humain". Ils appellent à une grève pour protester contre ce changement. Pour eux, la vaste collection du musée, qui compte 500 000 pièces, dont beaucoup proviennent d'Égypte, du Moyen-Orient ou d'Afrique, a une valeur humaine universelle. Tout en rejetant par principe la tarification discriminatoire, ils s'inquiètent également pour des raisons pratiques, car le personnel devra désormais vérifier les papiers d'identité des visiteurs.
L'universitaire français Patrick Poncet a établi un parallèle entre la décision de la France et la politique du président américain Donald Trump, dont l'administration a augmenté de 100 dollars le coût de la visite des parcs nationaux américains pour les touristes étrangers à compter du 1er janvier. La politique française est "symptomatique du retour, comme ailleurs dans le monde, d'un nationalisme sans complexe", a écrit Poncet dans le journal Le Monde le mois dernier.
Reste à voir si cette rupture avec la convention européenne par le pays le plus visité du continent incitera d'autres destinations culturelles à suivre son exemple. La tarification en fonction de l'âge est courante en Europe, l'accès étant gratuit pour les moins de 18 ans dans des lieux tels que l'Acropole d'Athènes, le Prado de Madrid ou le Colisée de Rome afin de les encourager à visiter.
"Pas disposés à payer "
D'autres sites touristiques français appartenant à l'État augmentent également leurs tarifs, notamment le château de Chambord dans la région de la Loire et l'Opéra national de Paris.
Le Louvre restera gratuit pour les mineurs de moins de 26 ans, de tous les pays et les Européens. D'autres destinations, telles que le palais des Doges à Venise, offrent l'entrée gratuite aux résidents de la ville.
La Grande-Bretagne a depuis longtemps pour politique d'offrir un accès gratuit et universel aux collections permanentes de ses galeries et musées nationaux. Mais l'ancien directeur du British Museum, Mark Jones, s'est prononcé en faveur de la tarification dans l'une de ses dernières interviews en tant que directeur, déclarant au journal The Sunday Times en 2024 qu'"il serait logique que nous fassions payer l'entrée aux visiteurs étrangers". La proposition a suscité un débat, mais n'a pas été adoptée. Un document de recherche publié l'année dernière par The Cultural Policy Unit, un groupe de réflexion britannique sur les musées, s'y est opposé pour des raisons à la fois pratiques et philosophiques. Cela réduirait le nombre d'entrées, allongerait les temps d'attente et renverserait une politique vieille de plusieurs siècles, concluait le rapport.
"La Grande-Bretagne conserve ses collections nationales pour le monde entier, et pas seulement pour ses propres résidents", objectait-il.
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