Nigéria
L’Assemblée nationale nigériane a annoncé vendredi la suspension, jusqu’à nouvel ordre, de toutes ses visites officielles en Afrique du Sud, ainsi que le boycott des conférences, séminaires, ateliers, réunions et autres activités organisés, accueillis ou parrainés par les autorités législatives sud-africaines. La décision a été prise par les dirigeants des deux chambres, sous l’autorité du président du Sénat, Godswill Akpabio, et de celui de la Chambre des représentants, Abbas Tajudeen.
La mesure intervient alors que se multiplient les signalements d’attaques xénophobes, de violences, d’intimidations et de destructions de biens visant des Nigérians et d’autres ressortissants africains établis en Afrique du Sud. Dans une note adressée aux parlementaires et au personnel de l’Assemblée nationale, le greffier Kamoru Ogunlana fait état de Nigérians tués, blessés ou déplacés, certains ayant été contraints d’abandonner commerces, investissements et domiciles.
La suspension concerne également les engagements virtuels. Toute participation à une activité parlementaire impliquant les autorités législatives sud-africaines devra désormais faire l’objet d’une autorisation expresse de la direction de l’Assemblée nationale. Les visites et programmes déjà prévus devront être réexaminés.
Abuja appelle parallèlement le gouvernement sud-africain à prendre des mesures immédiates pour protéger les Nigérians et les autres ressortissants africains, prévenir de nouvelles violences, enquêter sur les incidents signalés, interpeller les suspects et poursuivre les personnes reconnues coupables.
La décision nigériane intervient après plusieurs mois de tensions croissantes en Afrique du Sud, où des mobilisations hostiles aux immigrés ont notamment éclaté à Durban. La situation s’est particulièrement dégradée après que des manifestants eurent fixé au 30 juin une échéance aux immigrés en situation irrégulière pour quitter le pays. Selon un décompte de l’AFP fondé sur les données communiquées par plusieurs gouvernements africains, plus de 200 000 personnes ont depuis fui l’Afrique du Sud. La police sud-africaine a fait état d’au moins quatre migrants tués dans les violences liées à ces tensions, tandis que certains gouvernements étrangers avancent un bilan plus élevé.
Le Nigeria a lui-même organisé l’évacuation de 1 490 de ses ressortissants entre juin et juillet 2026. Le nombre total de Nigérians rapatriés ou évacués a ensuite atteint 1 699 en septembre, selon les autorités nigérianes. Le Ghana a, de son côté, achevé le 4 septembre une opération de rapatriement de 1 964 de ses ressortissants, lancée le 27 mai. Plusieurs autres pays africains ont également procédé au retour de leurs citoyens.
Le Parlement nigérian souligne toutefois que cette mesure ne constitue pas une remise en cause des relations historiques, diplomatiques et humaines entre les deux principales puissances économiques du continent. Abuja réaffirme son attachement à la coopération avec Pretoria, mais estime que celle-ci doit reposer sur le respect mutuel et la protection des personnes et des biens.
La suspension restera en vigueur jusqu’à nouvel ordre et pourra être réexaminée par la direction de l’Assemblée nationale en fonction de l’évolution de la situation.
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