Egypte
L’arrestation, en 48 heures, des six journalistes de la plateforme indépendante égyptienne Matsadaash suscite une mobilisation internationale. Reporters sans frontières et 33 autres organisations demandent leur libération, alors que les autorités n’ont pas communiqué officiellement sur leur lieu de détention ni sur d’éventuelles charges.
L’affaire Matsadaash prend une dimension internationale. Depuis lundi, les six journalistes de cette plateforme égyptienne spécialisée dans l’investigation et la vérification de l’information ont été arrêtés, faisant de l’ensemble de leur rédaction la cible de l’opération.
Reporters sans frontières (RSF) a appelé mercredi les autorités égyptiennes à libérer immédiatement les six journalistes et à communiquer sur leur situation. L’organisation affirme ne disposer, à ce stade, d’aucune information sur leur lieu de détention, les motifs précis de leur arrestation ou d’éventuelles inculpations.
RSF fait également partie des 34 organisations et médias indépendants signataires d’un appel international réclamant la libération de l’ensemble de la rédaction de Matsadaash. Parmi les signataires figurent notamment le Committee to Protect Journalists (CPJ), Human Rights Watch, la Fédération internationale des droits humains et plusieurs organisations égyptiennes et régionales de défense des libertés.
Six journalistes arrêtés
Les premières arrestations ont débuté lundi soir avec une perquisition au domicile du rédacteur en chef, Mohamed Ashraf. Elles se sont poursuivies mardi avec celles d’Abdullah Qadry, d’Islam Barakat et d’Omar Hilal, avant l’interpellation mercredi à l’aube, au Caire, des deux derniers membres de la rédaction encore libres, Mohamed Mahmoud et Mohamed Adel, selon RSF.
L’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR) demande au procureur général d’ouvrir une enquête urgente, de révéler le lieu de détention des six journalistes et de leur permettre d’accéder à leurs familles et à leurs avocats.
« Des demandes ont été adressées au procureur général pour ouvrir une enquête urgente, révéler le lieu de détention des six personnes et leur permettre d’avoir accès à leurs familles et à leurs conseils juridiques », a déclaré à l’AFP Lobna Darwish, responsable du plaidoyer de l’EIPR.
Une plateforme de fact-checking dans le viseur
Créée en 2018, Matsadaash s’est spécialisée dans la vérification de déclarations publiques et d’informations circulant en Égypte. La plateforme nie tout lien avec un parti ou une organisation politique et affirme appliquer ses méthodes de vérification quelle que soit l’origine des informations examinées.
Le ministère égyptien de l’Intérieur a confirmé jeudi les arrestations, accusant Matsadaash d’être une plateforme « non autorisée », opérée depuis l’étranger, et de diffuser de la « désinformation ». Il affirme également qu’elle serait liée aux « comités médiatiques » des Frères musulmans, organisation interdite en Égypte, sans fournir publiquement d’éléments étayant cette accusation.
Une mobilisation sur fond de répression de la presse
Pour les organisations signataires de l’appel, l’arrestation simultanée de toute une rédaction constitue une nouvelle atteinte au travail des médias indépendants. RSF indique que 24 journalistes sont désormais détenus en Égypte, tandis que l’EIPR en dénombre 26 en lien avec leur activité professionnelle, les deux organisations n'utilisant pas nécessairement les mêmes critères de comptage.
« Au fil des années, un message clair a été envoyé à la société égyptienne : s’engager dans des activités politiques, journalistiques ou liées aux droits humains entraîne de graves conséquences pour les individus, leurs familles et leurs proches », estime Lobna Darwish.
L’Égypte figure par ailleurs au 169e rang sur 180 dans le classement mondial de la liberté de la presse 2026 établi par RSF.
L’appel international intervient donc au-delà du seul cas Matsadaash : ses signataires demandent la libération des six journalistes, mais aussi la fin des poursuites visant les journalistes détenus en raison de leur travail en Égypte.
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