Brésil
Dans la favela de Penha, l’un des territoires marqués par la précarité et la violence urbaine, une initiative sociale utilise le football comme outil d’émancipation. Créé en 2014, dans le sillage du Mondial organisé au Brésil, le programme accueille aujourd’hui près de cent filles et garçons âgés de six ans et plus, encadrés lors de quatre entraînements hebdomadaires.
Le mois dernier, dix jeunes issus de ce dispositif ont représenté le Brésil au Mexique lors de la Coupe du monde des enfants des rues, tournoi réunissant des équipes venues de trente pays et composé de jeunes issus de milieux défavorisés. L’équipe brésilienne a remporté cette compétition sans concéder la moindre défaite.
Pour João Victor Gonçalves, 18 ans, cette expérience relève de l’irréel : « Partir au Mexique pour représenter le Brésil, c’est quelque chose que je n’aurais jamais pu imaginer… représenter mon pays en faisant ce que j’aime par-dessus tout : jouer au football. »
Son coéquipier Rafael Gomes, 17 ans, insiste sur la dimension émotionnelle du voyage : « C’était un rêve devenu réalité. Quitter le pays en avion, découvrir de nouvelles cultures, c’était génial. »
Ces trajectoires individuelles prennent racine dans un projet né en 2014, qui accueille aujourd’hui une centaine d’enfants, garçons et filles, dès l’âge de six ans, avec quatre entraînements hebdomadaires. Dans un contexte local marqué par les tensions armées et les opérations policières, ces séances constituent un refuge fragile mais structurant.
La coordinatrice du programme, Drica Santos, revendique la portée sociale de cette action : « Nous allons continuer à intervenir dans les favelas, malgré ces situations d’insécurité. Car si le projet n’existait pas, beaucoup de ces jeunes seraient perdus là-bas. »
Elle ajoute : « On ne prétend pas sauver tout le monde, mais chaque enfant que l’on parvient à sauver… c’est déjà une victoire pour nous. »
Mais le quotidien rattrape parfois le terrain de jeu. Rafael Gomes raconte :
« Nous étions en train de nous entraîner quand soudain des coups de feu ont éclaté ; nous avons dû courir et nous mettre à l’abri. »
Dans ce territoire partiellement contrôlé par le groupe criminel Red Command, le football agit comme une parenthèse. Pour João Fellype de Aquino, 16 ans : « Dans le football, le corps se fatigue mais l’esprit se repose. Ça permet de se vider la tête. Quand on joue, on oublie tous les soucis du présent et du passé. »
Au retour du Mexique, les jeunes champions ne cachent pas leurs ambitions symboliques. Ils espèrent désormais voir la Seleção poursuivre leur exemple sur la scène mondiale.
« Nous avons fait notre part. Maintenant, c’est au tour de l’équipe nationale brésilienne, » résume João Victor Gonçalves.
Dans les rues de Penha, le football n’efface pas la violence. Mais il trace, entre deux réalités, une ligne fragile où l’espoir reste possible.
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