Cameroun
À Bamenda, capitale de la région anglophone du Nord-Ouest du Cameroun, la visite du pape Léon XIV suscite un mélange d’attente et d’espoir dans une zone profondément marquée par des années de violences liées à la crise séparatiste.
Depuis 2016, les régions anglophones du pays sont le théâtre d’un conflit opposant forces gouvernementales et groupes armés réclamant l’indépendance d’un État qu’ils appellent « Ambazonie ». Les affrontements, enlèvements et opérations de représailles ont fait de nombreuses victimes et provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes.
Dans ce contexte, la venue du souverain pontife est perçue par certains habitants et responsables religieux comme une opportunité de relancer le dialogue et d’encourager une désescalade.
« Lorsqu’il posera ses pieds sur la terre de Bamenda, nous espérons la paix », confie Giovanni Mbuna, responsable d’un centre de jeunesse de l’archidiocèse. Il appelle à la fin des violences, des enlèvements et des tueries qui endeuillent régulièrement la région.
Sur place, les mesures de sécurité ont été renforcées autour des principaux sites religieux, notamment la cathédrale Saint-Joseph, où des soldats sont déployés en prévision de la visite pontificale. Une délégation du Vatican a également inspecté les lieux afin de préparer les cérémonies.
Pour Mgr John Berinyuy Tatah, évêque auxiliaire de Bamenda, les groupes armés ont progressivement dérivé de leurs revendications initiales. Selon lui, les enlèvements et extorsions témoignent d’une situation devenue plus complexe, où certaines violences touchent directement les populations civiles.
L’archevêque de Bamenda, Mgr Andrew Fuanya Nkea, espère que la présence du pape Léon XIV pourra « adoucir les cœurs des extrémistes » et favoriser une reprise du dialogue politique. Il souligne également la difficulté croissante à distinguer groupes séparatistes et réseaux criminels opérant sur fond d’insécurité.
Dans ce climat de tension, Joseph Fru Awah, avocat de leaders séparatistes condamnés en 2019, appelle à s’attaquer aux causes profondes du conflit. Il évoque notamment la marginalisation des régions anglophones, une « décolonisation inachevée » et des tentatives d’assimilation, plaidant pour une solution fondée sur la justice et la négociation.
Dans les rues de Bamenda, la population continue de vivre au rythme des « ghost towns », journées de paralysie imposées régulièrement par les groupes séparatistes, qui perturbent fortement l’économie locale et la vie quotidienne.
Pour beaucoup d’habitants, la fatigue et l’incertitude dominent après des années de violences, de déplacements forcés et d’insécurité chronique. Dans ce contexte, la visite du pape apparaît comme un rare moment d’attention internationale porté à une crise souvent reléguée au second plan.
Le Vatican présente ce déplacement comme une mission de paix et de réconciliation, dans un pays où l’Église catholique joue un rôle central de médiation entre les communautés.
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