Côte d'Ivoire
À Duekoué, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, des tonnes de cacao s’entassent dans les entrepôts. Faute d’exportation, la filière du premier producteur mondial est aujourd’hui paralysée. Depuis la mi-octobre 2025, avec la chute des prix sur le marché mondial, les exportations sont au ralenti et les stocks s'accumulent partout, plongeant les producteurs dans une détresse économique et sociale.
Les coopératives, qui fonctionnent comme des dépôts-ventes, accumulent les demandes d’exportation, appelées connaissements, sans réponse du Conseil du café et du cacao (CCC). Siriri Millogo, directeur d’une coopérative locale, a transmis treize demandes depuis début janvier, toutes restées sans suite. « La validation du connaissement ne prend habituellement que quelques minutes », explique-t-il, impuissant face à la paralysie administrative.
Cette situation plonge les producteurs dans la détresse. Marty Somda, de la coopérative Cabend, raconte : « Un agriculteur est venu nous voir avec une production estimée à neuf millions de francs CFA, mais il n’avait même pas cinq francs pour les funérailles de sa femme. » D’autres, comme Laurent Koné, sont contraints de vendre leur cacao à des prix dérisoires pour faire face à l’urgence : « On m’a donné un ordre de payer, mais comment puis-je payer ? J’ai vendu mon cacao à 2 000 francs alors que le prix officiel est de 2 800. »
Le prix du cacao, fixé par l’État ivoirien deux fois par an, est aujourd’hui déconnecté des cours mondiaux, tombés à environ 5 000 dollars la tonne, contre 12 000 dollars fin 2024. Si le CCC affirme que « toute la production sera achetée », selon Yves Brahima Koné, son directeur, la mise en œuvre concrète tarde, et de nombreux exportateurs se trouvent incapables de procéder à leurs achats faute de quotas.
Le système de prix garantis, conçu pour protéger les producteurs des fluctuations du marché, se révèle paradoxal. Les exportateurs, achetant au prix fixé par l’État, risquent des pertes que la loi prévoit de compenser, mais le fonds de garantie n’est pas activé. Moussa Koné, syndicaliste, déplore : « Celui qui produit le cacao n’est pas protégé. »
La crise de mévente rappelle des épisodes similaires, comme en 2017, et illustre la vulnérabilité des producteurs ivoiriens, dont dépend indirectement un cinquième de la population du pays. Dans l’attente d’une solution administrative, la filière, qui représente 14 % du PIB ivoirien, reste paralysée, et des milliers de familles vivent dans l’incertitude et la pauvreté.
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