Burkina Faso
"Il n'y a pas deux capitaines dans un bateau." Le chef de la junte burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré, a coupé court la semaine dernière aux rumeurs de rivalités au sommet de l'État en assurant qu'il restait seul aux commandes, alors que l'absence prolongée de certaines figures influentes du régime alimente les spéculations à Ouagadougou.
Ce capitaine de 38 ans dirige le Burkina Faso d'une main de fer depuis un coup d'État militaire en septembre 2022. Il s'est allié avec le Niger et le Mali voisins, eux aussi dirigés par des juntes sous la pression de violences djihadistes croissantes et qui répriment les voix dissidentes.
"J'ai entendu beaucoup de bruits dernièrement... C'est vous encore qui partez suivre les pages des apatrides là (nom qualifiant les voix critiques, NDLR) et vous croyez à ce qu'ils racontent et vous vous affolez", a-t-il lancé jeudi 16 juillet aux forces vives de Ouahigouya, dans le nord du Burkina.
Depuis plusieurs semaines, la disparition de la scène publique de certains hauts responsables du régime, présentés comme les principaux lieutenants du capitaine Traoré, alimente les rumeurs de dissensions au sommet du pouvoir.
"Ni numéro un, ni numéro deux"
Au cœur de ces rumeurs figure le commandant Oumarou Yabré, l'un des hommes les plus influents de l'appareil sécuritaire burkinabè. Patron des services de renseignement et président du Conseil national de sécurité d'État, considéré comme le numéro deux du régime, il n'a plus fait d'apparition publique depuis fin mai.
En 2023, certains observateurs évoquaient déjà des tensions entre M. Traoré et Yabré, vite démenties lors d'une apparition publique des deux officiers.
Jeudi à Ouahigouya, le jeune capitaine au pouvoir a fermement assuré qu'il était seul aux commandes: "il n'y a ni numéro un, ni numéro deux. Il n'y a pas deux capitaines dans un bateau."
Selon une source sécuritaire, le commandant Oumarou Yabré ne se rend plus à son bureau de l'Agence nationale de renseignement, tandis que la garde assurant la sécurité de son domicile a été fortement réduite.
"Il n'est apparu ni à la traditionnelle montée des couleurs à la présidence, à laquelle il participait habituellement, ni à la récente cérémonie de remise des galons de général à trois officiers supérieurs organisée au palais présidentiel", glisse une autre source sécuritaire.
Par ailleurs, certains de ses proches ont été enlevés selon son entourage, ou interpellés, dont l'imam et prédicateur musulman Ishaq Kindo qui avait critiqué un projet de loi encadrant l'exercice des libertés religieuses.
"Ce monsieur est foncièrement mauvais... Il se croyait fort car en 2019 il avait même créé une police islamique... Je le répète: il n'y a pas deux capitaines dans un bateau", a commenté Ibrahim Traoré à Ouahigouya.
Des absences qui interrogent
En outre, plusieurs personnalités proches du commandant Yabré ont récemment perdu leurs fonctions. Wendpanga Aimé Nongkouni a été relevé de son poste de directeur général de la Société nationale burkinabè d'hydrocarbures (Sonabhy), tandis que Mathias Sosthène Sanou a été démis de ses fonctions de ministre conseiller spécial chargé des questions de la jeunesse, selon un décret présidentiel du 17 juin.
Autre absence qui interroge : celle du capitaine Kiswendsida Azaria Farouk Sorgho, notamment connu pour avoir été le porte-parole des militaires qui ont pris le pouvoir le 30 septembre 2022. Cet officier de premier plan de la junte est considéré comme le numéro 3 du régime.
Commandant du Bataillon d'intervention rapide numéro 4 (BIR 4), stationné à Ouagadougou, il est également le porte-parole du Korag, un organe créé par le capitaine Traoré chargé de définir et de contrôler la mise en œuvre de la "vision stratégique" du régime.
À ce poste, il est devenu une figure clef des efforts d'assainissement de l'administration publique, multipliant les révélations sur des malversations financières et annonçant des sanctions sévères. Sa dernière apparition publique remonte à mi-mai.
Depuis lors, le commandement de son bataillon est assuré par son adjoint, selon des sources sécuritaires qui évoquent également son "enlèvement" par des proches du capitaine Traoré.
Son père, Adama Luc Sorgho, ancien ministre des Infrastructures et du Désenclavement (2022-2025), a également été "enlevé" par des hommes armés, quelques jours après son arrestation, indique son entourage.
"Tous ceux qui travaillent avec moi connaissent ma ligne de conduite... Et si quelqu'un merde, je vais te mater sans état d'âme. Il n'y a pas d'hommes forts avec moi", a menacé Ibrahim Traoré à Ouahigouya.
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