Carnaval de Rio
À Rio de Janeiro, les répétitions s’intensifient au Sambadrome à l’approche du carnaval. Chaque année, les écoles de samba de la ville rivalisent pour décrocher le titre de champion et intégrer le prestigieux « Groupe spécial », qui réunit les 12 meilleures formations.
Chaque école peut mobiliser jusqu’à 4 000 participants, danseurs et musiciens, qui doivent défiler en parfaite harmonie au rythme des tambours.
Longtemps, les rôles ont semblé figés : aux femmes la danse, aux hommes les percussions. Mais les lignes bougent.
Une présence féminine encore rare à la direction
Les sections de percussions, appelées baterias, ont dirigées par des chefs d’orchestre. Moins de 10 % d’entre eux sont des femmes.
Laisa Lima fait partie de ce groupe restreint. Elle n’est pas la première femme à occuper ce poste, mais elle demeure l’une des rares à diriger une bateria lors du défilé au Sambadrome.
« Je ne sais pas qui a lancé cette idée selon laquelle les instruments à percussion ne convenaient pas aux femmes. De nombreuses sections de percussions (baterias) interdisaient aux femmes d'y participer. Heureusement, ce tabou a été brisé », explique-t-elle.
Musicienne depuis l’enfance, Laisa a grandi dans l’univers du carnaval. Elle joue du tamborim depuis ses premières années, portée par des parents eux-mêmes engagés dans les écoles de samba.
Pour elle, la direction d’une section rythmique ne repose pas sur la force physique.
« Beaucoup de gens ont cette vieille croyance selon laquelle les femmes sont le sexe faible. Cependant, la section de percussions n'est pas une question de masculinité ou de force. C'est une question de sentiments et de gestion des personnes. »
Cette année, Laisa dirigera la section de percussions de l’école Arranco. La bateria compte 250 musiciens.
« Cette année, la section de percussions compte 250 membres. Deux cent cinquante cœurs battant à la même cadence, avec le même objectif et conquérant le même but. »
À Arranco, environ 30 % des percussionnistes sont des femmes — un pourcentage encore rare dans le monde des écoles de samba.
Pour Laisa, la percussion est avant tout une affaire d’émotion.
« Parler des émotions dans la section des tambours est déjà émouvant, c'est le pouls de nos cœurs, c'est l'émotion qui transforme notre corps, notre énergie, en son. »
Une nouvelle génération de musiciennes
La progression des femmes dans les percussions s’observe aussi en dehors du Sambadrome. Dans les quartiers de Rio, les « blocos » — groupes de carnaval de rue — accueillent de plus en plus de musiciennes.
Thalita Santos, percussionniste et enseignante, œuvre depuis des décennies pour renforcer cette présence féminine.
« Beaucoup de femmes qui dansent apprennent à jouer. Beaucoup de femmes qui jouent apprennent à danser. De nos jours, pendant le carnaval, les femmes peuvent occuper n'importe quel espace, que ce soit pour danser ou pour jouer. Il n'y a plus de division entre les femmes qui dansent et les hommes qui jouent. Heureusement, cette époque est révolue. Nous sommes actuellement en train d'augmenter le nombre de femmes qui jouent. »
Aujourd’hui, les femmes ne sont plus seulement les visages du carnaval. Elles en battent aussi le rythme.
Et si leur présence à la tête des baterias reste minoritaire, elle s’impose progressivement comme une nouvelle réalité du plus grand spectacle du Brésil.
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