Ouganda
En Ouganda, les bureaux de vote ont fermé leurs portes jeudi après une journée marquée par des dysfonctionnements techniques et un internet coupé dans tout le pays, compliquant la tenue d’un scrutin déjà controversé.
Le président Yoweri Museveni, 81 ans, qui dirige l’Ouganda depuis plus de quarante ans, est donné largement vainqueur pour un septième mandat, bénéficiant d’un contrôle quasi total de l’État et des forces de sécurité.
Pourtant, dans certains bureaux de vote, la frustration était palpable. Juma Katongole, résident de Kampala, confie : « En tant qu’électeur, je suis frustré. Je suis venu pour voter, mais j’ai perdu confiance car les machines ne fonctionnaient pas, alors qu’on nous avait assuré qu’aucun vote ne pourrait être enregistré sans passer par la biométrie. »
À l’intérieur d’un stade de Kampala, bastion de l’opposition, des acclamations ont retenti alors que les bulletins étaient dépouillés pour le principal challenger, le chanteur devenu homme politique Bobi Wine, 43 ans, qui se présente comme le « président du ghetto » en référence aux quartiers populaires où il a grandi. Wine accuse le gouvernement de « bourrage massif d’urnes » et d’arrestations ciblées de ses partisans, facilitées par la coupure d’internet imposée cette semaine.
De nombreux bureaux de vote ont enregistré plusieurs heures de retard en raison de la lenteur d’arrivée des urnes et du dysfonctionnement des machines biométriques, utilisées pour vérifier l’identité des électeurs. Même le président Museveni a rencontré des problèmes : « J’ai mis mon empreinte du pouce droit, la machine ne l’a pas acceptée. Puis le gauche, idem. Finalement, un scan de mon visage a été accepté, ce qui m’a permis de voter », a-t-il relaté.
Pour les habitants, cette situation s’accompagne d’un mélange de résignation et de pragmatisme. Fred Kawungezi, électeur à Kampala, témoigne : « Ces machines biométriques, elles ne marchaient pas, elles étaient hors service. De l’argent public jeté par les fenêtres ! On ne s’en est pas servi. On a pris le registre, la carte d’identité nationale et les bulletins qu’on nous a remis, et voilà. Le soleil tapait fort, alors on a juste laissé tomber ces machines. Ici, tout le monde se connaît, c’est un petit village… on a fait avec et on a voté quand même. »
Malgré les tensions et les accusations de fraude, le scrutin s’est déroulé globalement dans le calme. L’Ouganda a déployé une importante présence policière et militaire, afin de prévenir toute manifestation de type anti-gouvernementale, comme celles observées récemment au Kenya ou en Tanzanie. Le gouvernement a justifié le blackout internet comme une mesure contre la diffusion de « fausses informations » et « l’incitation à la violence », mais l’ONU s’est dite « profondément préoccupée ».
Les résultats officiels étaient attendus dans les 48 heures suivant la clôture du scrutin. Dans ce contexte de tensions, certains électeurs continuent d’exprimer un soutien résolu au président Museveni, saluant la stabilité et l’organisation du pays, tandis que l’opposition appelle la population à rester vigilante face à des irrégularités présumées.
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