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El Niño : l’ONU peine à financer la prévention des crises alimentaires

Des manifestants, avec des masques à tête de mort, ramassent des cosses de riz pour sensibiliser à la crise alimentaire qu'engendre El Niño, le 10 novembre 1997, à Manille.   -  
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BULLIT MARQUEZ/AP

El Niño

L’ONU ne dispose à ce jour que d’environ un cinquième des financements sollicités pour préparer les populations les plus vulnérables aux effets d’El Niño. En juin, le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) avaient lancé un appel de 202 millions de dollars afin de venir en aide à près de neuf millions de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë dans 22 pays. Il manque encore 160 millions de dollars.

« Cet événement El Niño va être très important », a déclaré à l’AFP Rein Paulsen, directeur du bureau des urgences et de la résilience de la FAO. Selon lui, les projections annoncent des conséquences « substantielles », avec des manifestations variables selon les régions : déficit de précipitations et sécheresses dans certaines zones, pluies excessives et inondations dans d’autres.

Pour la FAO, le principal risque tient toutefois au contexte dans lequel survient le phénomène. « El Niño est un multiplicateur du risque pour la sécurité alimentaire », souligne Paulsen, alors que de nombreux pays sont déjà confrontés aux conflits, aux déplacements de populations et à la malnutrition. Plus de la moitié des 22 pays considérés comme les plus exposés se trouvent en Afrique ; les autres sont situés en Asie-Pacifique, en Amérique latine et dans les Caraïbes.

L’épisode actuel, un phénomène naturel de réchauffement des eaux, devrait atteindre son maximum entre octobre et décembre et pourrait être le plus intense jamais enregistré, amplifiant les effets du changement climatique d’origine humaine. Des projections scientifiques publiées mercredi estiment qu’il pourrait entraîner 451 000 décès supplémentaires dans le monde d’ici février, dans un contexte de hausse des températures.

La FAO et le PAM défendent une intervention préventive, rendue possible par les systèmes d’alerte précoce. « Nous savons ce qui est nécessaire », explique Rein Paulsen. Mais le manque de financement limite la capacité des organisations à réduire les conséquences des sécheresses et des inondations avant qu’elles ne se transforment en crises humanitaires.

L’Afrique devrait être particulièrement exposée. En Somalie, l’ONU a déjà averti que des millions de personnes connaissent des niveaux élevés de faim et que la malnutrition aiguë chez les enfants pourrait s’aggraver avec l’arrivée d’El Niño. En août, le Norwegian Refugee Council estimait à six millions le nombre de Somaliens confrontés à des niveaux de faim correspondant à une situation de crise. Plus de 700 000 personnes avaient par ailleurs été déplacées depuis le début de l’année, dont 500 000 en raison de la sécheresse.