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France : 14 personnes jugées pour la mort de 31 migrants dans la Manche

Un groupe de migrants kurdes originaires d'Iran et d'Irak refuse de regagner la terre ferme sur la plage d'Ambleteuse, en France, le 19 mai 2024   -  
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France

Quatorze personnes comparaissent ce mardi devant la justice française dans le cadre du naufrage le plus meurtrier jamais enregistré dans la Manche. Le 24 novembre 2021, 31 migrants, dont un enfant de sept ans, ont perdu la vie lorsque leur embarcation pneumatique a coulé au large de Calais.

Un naufrage aux circonstances tragiques

Ce jour-là, un bateau de pêche français avait alerté les autorités après avoir repéré plusieurs corps flottant dans la Manche, à proximité des eaux britanniques. Selon le témoignage des deux seuls survivants, le canot avait commencé à se dégonfler et à prendre l'eau après plusieurs heures de traversée. Les passagers étaient tombés à l'eau les uns après les autres, malgré une douzaine d'appels de détresse lancés aux secours français et britanniques.

Les 27 corps retrouvés étaient pour la plupart ceux de Kurdes irakiens, mais aussi d'Afghans, d'Éthiopiens et d'Égyptiens, âgés de 7 à 46 ans. Quatre personnes restent à ce jour portées disparues.

Un procès hors norme

L'ampleur du drame confère à ce procès une dimension exceptionnelle : 114 parties civiles sont constituées, parmi lesquelles les familles des victimes et une douzaine de proches venus spécialement d'Erbil, au Kurdistan irakien.

Les 14 prévenus, dont la majorité est née en Afghanistan, sont poursuivis pour homicide involontaire et aide à l'immigration clandestine en bande organisée. Deux d'entre eux, visés par des mandats d'arrêt, seront jugés par contumace.

Le parquet leur reproche d'avoir participé à la mise à l'eau d'une embarcation "non conforme, non certifiée, inapte à la navigation en haute mer, surchargée et dépourvue de gilets de sauvetage appropriés". Les investigations ont permis d'identifier deux filières de passeurs distinctes, l'une afghane, l'autre irakienne, notamment grâce aux relevés téléphoniques et à la géolocalisation GPS des suspects.

Les prévenus contestent toutefois leur implication : certains nient être des passeurs, d'autres se présentent comme de simples migrants ayant eux-mêmes tenté la traversée.

Le rôle des secours en question

Ce procès pénal s'accompagne d'un second volet, toujours en cours d'instruction et particulièrement sensible : sept militaires français — cinq membres d'un centre de coordination des secours maritimes et deux marins d'un navire de patrouille — font l'objet d'une enquête depuis 2023 pour non-assistance à personne en danger.

Une enquête britannique publiée en février a conclu que certains décès auraient pu être évités si les autorités françaises et britanniques étaient intervenues plus rapidement. Près de douze heures s'étaient écoulées entre les premiers appels de détresse et la localisation de l'embarcation par le bateau de pêche — un délai durant lequel la plupart des occupants s'étaient déjà noyés. Cette enquête distincte pourrait déboucher sur un second procès.

"Des êtres humains", pas des statistiques

Pour Matthieu Chirez, avocat de 113 parties civiles, "la justice doit demander des comptes à tous ceux qui ont joué un rôle dans cette tragédie". Un autre conseil des victimes, Emmanuel Daoud, espère que ces trois semaines d'audience permettront de considérer les migrants "non pas comme des statistiques ou des marchandises, mais comme des êtres humains en quête d'une vie meilleure".

Chaque année, des milliers de personnes tentent la traversée de la Manche depuis la France dans l'espoir de rejoindre le Royaume-Uni.

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