Bienvenue sur Africanews

Merci de choisir votre version

Regarder en direct

Infos

news

Mozambique : de pays de transit à pays consommateur, la drogue gagne du terrain

Mozambique : de pays de transit à pays consommateur, la drogue gagne du terrain
Des personnes se rassemblent autour d'un hors-bord, d'un type que l'on pense être utilisé par les trafiquants de drogue.   -  
Copyright © africanews
AP Photo

Mozambique

Longtemps simple point de passage dans le commerce intercontinental de stupéfiants, le Mozambique voit sa propre population sombrer à son tour dans la toxicomanie. Les autorités s'inquiètent d'un problème appelé à s'aggraver.

Une addiction qui progresse

Sous une chaleur écrasante, Elton Raimundo Joaquim, 27 ans, fouille les rues proches du plus grand point de deal de Maputo, la capitale, à la recherche de ferraille à revendre. Amaigri, une plaie ouverte à l'épaule autour de laquelle tourne une mouche, il raconte sa chute. « J'enregistrais de la musique. J'avais besoin d'inspiration quand j'entrais en studio », explique-t-il.

Il a essayé la cure de désintoxication, sans y parvenir : « Je n'ai pas pu la supporter. » Il reconnaît avoir volé pour payer du cannabis, du crack et de l'héroïne, les principales drogues en circulation dans le pays. « Cette drogue a un piège : quand on a beaucoup d'argent, on a l'impression que la dose ne suffit jamais, elle pousse à en acheter toujours plus. C'est comme ça que je me suis perdu. Je le regrette. Il faut que je m'en sorte. J'ai besoin d'aide, aidez-moi, s'il vous plaît. »

Il n'est pas un cas isolé. Selon les chiffres du gouvernement, les hospitalisations liées à la drogue ont augmenté de 38 % l'an dernier, pour dépasser les 32 280. Les experts estiment que ces données ne reflètent qu'une fraction du problème.

Au centre REMAR, des parcours de reconstruction

Diplômé de l'université, Paulo Ferrao s'est présenté il y a quatre ans au centre de réhabilitation REMAR, en périphérie de Maputo, comme un « cadeau d'anniversaire » à sa sœur. Les patients y accomplissent des tâches comme le ménage, la métallurgie ou la menuiserie, et assistent à des offices religieux. Aujourd'hui chargé notamment des relations publiques, il constate que les jeunes se procurent de plus en plus facilement des drogues, y compris de la méthamphétamine. « Nous recevons davantage de cas de méthamphétamine, ce qui signifie que l'héroïne ne suffit plus à ceux qui sont derrière le trafic », dit-il.

Flora Bonifácio, ancienne toxicomane en cours de rétablissement dans ce centre, témoigne aussi : « J'ai commencé à consommer à 16 ans, mais ma famille ne l'a découvert que quand j'en avais 28, et j'étais alors complètement détruite. »

Un carrefour du trafic mondial

Avec ses 2 500 kilomètres de côtes sur l'océan Indien et ses frontières poreuses, le Mozambique est bien placé sur les routes reliant producteurs et marchés, souligne le Bureau national de prévention de la drogue (GCPCD). « Il y a encore cinq ans, notre pays n'était vu que comme un point de transit », rappelle son porte-parole, Jose Bambo. « La drogue arrivait au Mozambique, puis elle était distribuée dans le reste du monde, en Afrique surtout. Aujourd'hui, notre principale préoccupation est que notre pays soit aussi devenu un consommateur. »

Le pays coopère avec des organismes internationaux et avec les autorités de la région, de la Tanzanie à l'Afrique du Sud, notamment par le partage de données. Cette coopération a facilité l'extradition du Botswana, ces dernières semaines, de six ressortissants mexicains accusés de fabriquer de la drogue dans un village proche de Maputo, où de la méthamphétamine, du matériel de fabrication et des précurseurs chimiques auraient été saisis. Quatre autres personnes d'origine mexicaine, impliquées dans le trafic, ont par ailleurs été arrêtées cette année.

Les moyens manquent toutefois : scanners, unités canines, spécialistes en nombre suffisant. Les trafiquants, eux, changent constamment de méthode. « Ces derniers temps, la drogue arrive déguisée en cosmétiques, en snacks, en matériaux de construction », indique Jose Bambo.

Le fentanyl, nouveau venu

Historiquement point de transit de l'héroïne et de la méthamphétamine, le pays voit aussi augmenter les flux de cocaïne, via la « route lusophone » qui relie le Brésil aux autres pays de langue portugaise, explique Antonio De Vivo, chef du bureau de l'ONU contre la drogue (UNODC) au Mozambique. Le trafic de fentanyl, l'opioïde de synthèse à l'origine d'une épidémie mortelle aux États-Unis, est lui aussi apparu : les autorités font état de la saisie de plus de cinq tonnes cette année.

« Quand on est un pays de transit, une petite partie de ce qui transite finit toujours par rester », résume Antonio De Vivo. Les pays à faible revenu et à population jeune, comme le Mozambique, sont particulièrement exposés aux drogues de synthèse, moins chères. « Davantage de drogue en circulation sur les marchés locaux, c'est un danger pour la consommation locale : cela signifie très probablement des prix plus bas, une plus grande accessibilité, et même dans un pays à faible revenu comme le Mozambique, un accès plus facile et moins cher à la drogue pour la population. »

La situation reflète une réalité régionale : l'Afrique du Sud a aussi démantelé des laboratoires où des Mexicains auraient travaillé comme chimistes ou formateurs de main-d'œuvre locale. Une enquête de l'AFP publiée jeudi montrait comment ce pays est devenu idéal pour le cartel de Sinaloa, qui y produit de la méthamphétamine vendue jusqu'en Australie.

« La production locale entraînera inévitablement une hausse de la consommation », prévient Antonio De Vivo. « L'augmentation que nous enregistrons est régulière et continue, ce qui signifie que le problème va probablement s'aggraver. »

Voir plus