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Crise migratoire : Ceuta face à une nouvelle flambée de tensions

Des migrants qui ont traversé la frontière entre le Maroc et l'Espagne reviennent sur une plage après avoir été expulsés de la zone la veille, de Ceuta 21 août 2026.   -  
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Maroc

Les manifestations contre l'insécurité dans l'enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord, ont dégénéré jeudi en affrontements entre la population locale et la police, un mois après l'afflux massif de migrants en provenance du Maroc.

La police a chargé les manifestants sur une plage après qu’un groupe d’entre eux s’est introduit dans la zone où les migrants dormaient ; certains effets personnels ont été incendiés pendant les troubles, comme l’ont montré des images diffusées par la télévision publique espagnole.

Plus tôt dans la journée de jeudi, des dizaines de manifestants avaient organisé un sit-in pour empêcher temporairement les véhicules de la Croix-Rouge d’atteindre la plage afin de distribuer de la nourriture aux centaines de migrants séjournant dans la zone.

Les manifestants, dont beaucoup brandissaient des drapeaux espagnols, scandaient « Qu’ils s’en aillent » et « Dehors la Croix-Rouge », avant d’être dispersés par la police.

Ces incidents font suite à l’intervention de la police, mercredi en fin de soirée, qui a tiré des gaz lacrymogènes pour empêcher des affrontements entre les manifestants et les migrants campant sur la plage.

Les habitants de Ceuta, dont la superficie n’est que de 18 kilomètres carrés (sept miles carrés), organisent régulièrement des manifestations pour dénoncer ce qu’ils qualifient de problèmes de sécurité et d’hygiène liés à cet afflux.

Les tensions se sont exacerbées après qu’un véhicule militaire transportant quatre soldats a été « pris en embuscade » aux premières heures de jeudi par environ 70 migrants, qui l’ont attaqué à coups de pierres et d’autres objets, a déclaré à l’AFP un porte-parole de la police de Ceuta.

Les soldats se sont enfuis et ont appelé la police à la rescousse. La police a interpellé 12 migrants, tous marocains, a précisé le porte-parole.

Un soldat a été légèrement blessé après avoir été touché par une pierre. Le motif de l’attaque n’était pas immédiatement clair.

« La tension dans la ville de Ceuta est très forte » car il n’y a « aucune réponse » de la part du gouvernement et « nous nous sentons abandonnés », a déclaré jeudi Kissy Chandiramani, conseillère aux finances de la ville autonome, à la radio d’information SER.

Mais elle a également appelé au calme, affirmant que les gens avaient le droit de manifester, tout en avertissant que l’hostilité croissante ne résoudrait pas la crise.

Travailler « sans répit »

Plus de 70 000 migrants sont entrés à Ceuta fin juillet, à la nage ou à pied depuis le Maroc voisin, lors d’un afflux chaotique qui a fait de nombreuses victimes et attisé de nouvelles tensions au sein de l’Union européenne sur la question migratoire.

Bien que la grande majorité soit retournée au Maroc en quelques heures, des milliers de personnes restent sur le territoire, dont beaucoup vivent dans la rue.

Le gouvernement de gauche espagnol estime leur nombre entre 3 500 et 7 000, tandis que les dirigeants de droite de Ceuta affirment qu’il s’élève à au moins 10 000.

Le ministre de la Justice, Félix Bolaños, a appelé au calme, déclarant aux députés à Madrid que les autorités travaillaient « sans relâche » pour rétablir la normalité sur le territoire.

Le Premier ministre Pedro Sánchez fait face à des critiques croissantes de la part des autorités et des habitants de Ceuta, qui estiment que Madrid a réagi trop lentement à cet afflux massif.

Ces derniers jours, le gouvernement a pris des mesures pour agrandir les centres d’accueil destinés aux migrants et accélérer les démarches visant à déterminer qui peut être renvoyé au Maroc.

« La situation empire de jour en jour. »

Le ministère de l’Intérieur a annoncé jeudi qu’il enverrait du personnel supplémentaire pour aider à identifier les migrants, tandis que le gouvernement a approuvé un financement supplémentaire de 25 millions d’euros destiné à prendre en charge les mineurs non accompagnés, qui bénéficient d’une protection juridique particulière.

Afin d’accélérer la réponse, le Conseil des ministres espagnol a approuvé mardi la création d’un « commandement unique » pour Ceuta, qui sera dirigé par le ministre de la Politique territoriale, Ángel Víctor Torres.

La crise a également exacerbé les divisions politiques en Espagne à l’approche des élections législatives prévues l’année prochaine, les partis d’opposition conservateurs et d’extrême droite réclamant le renvoi de tous les migrants.

Mais le gouvernement a averti que chaque individu devait être identifié afin de déterminer s’il avait droit à l’asile ou s’il était susceptible d’être expulsé, tandis que des milliers de mineurs nécessitent une protection particulière.

Sánchez a également été critiqué pour avoir poursuivi ses vacances d’été alors que la crise s’aggravait, et pour n’avoir convoqué son Conseil de sécurité nationale afin de discuter de la situation qu’après son retour, en début de semaine.

« Les habitants de Ceuta font face seuls à cette situation depuis un mois », a écrit jeudi sur X le chef du Parti populaire, principal parti d’opposition, Alberto Núñez Feijóo.

« Rien n’a été fait pour empêcher l’invasion… et rien n’est fait pour mettre fin à la crise de l’ordre public qui s’aggrave de jour en jour », a-t-il ajouté.

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