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Libye : le gouverneur de la Banque centrale de Libye démissionne

Un employé fait le plein dans une station-service au nord de l'Espagne, le 28 février 2011.   -  
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Libye

Naji Issa, gouverneur de la Banque centrale de Libye (CBL), a présenté sa démission aux deux principales institutions législatives rivales du pays, sans en révéler les motifs, selon des documents datés du 9 août et dont il a confirmé l’authenticité à Reuters.

Naji Issa a fait parvenir des courriers distincts aux dirigeants de la Chambre des représentants, installée dans l’est du pays, et du Haut Conseil d’État, basé à l’ouest. Dans ces documents, il indique ne plus être en mesure de poursuivre ses fonctions de gouverneur, tout en refusant d’en préciser les raisons, qu’il qualifie de « sensibles ». Sollicité par Reuters, le responsable a confirmé l’authenticité des lettres, sans fournir davantage d’explications.

Le président du Haut Conseil d’État, Mohamed Takala, a pour sa part appelé Naji Issa à rester en fonction jusqu’à l’examen de sa démission. Il lui a demandé de maintenir son mandat afin de préserver, selon ses termes, « la stabilité financière, économique et politique » du pays, dans l’attente d’une décision conforme aux procédures constitutionnelles et légales. La Chambre des représentants n’avait, lundi soir, pas encore officiellement réagi à cette demande.

La démission intervient dans un contexte institutionnel particulièrement fragile. Depuis 2014, la Libye est divisée entre des autorités rivales établies dans l’ouest et dans l’est, héritage du chaos politique et sécuritaire qui a suivi la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, lors d’un soulèvement soutenu par l’OTAN.

À l’ouest, le gouvernement reconnu par les Nations unies est dirigé par le Premier ministre Abdulhamid Dbeibah. À l’est, une administration rivale bénéficie notamment du soutien de l’homme fort militaire Khalifa Haftar. Les deux camps se disputent le contrôle des institutions et des ressources publiques, au premier rang desquelles figurent les revenus tirés des hydrocarbures.

Naji Issa avait été nommé en 2024 dans le cadre d’un accord entre les deux chambres législatives, avec pour objectif de mettre un terme à une crise ouverte autour du contrôle de la Banque centrale. Il avait succédé à Seddik al-Kabir, dont la gestion de l’institution et des fonds publics était vivement contestée par des responsables proches du gouvernement de Tripoli. Ces derniers lui reprochaient notamment de favoriser l’administration rivale de l’est.

La crise avait atteint son paroxysme en août 2024, lorsque des factions de l’ouest avaient entrepris de démettre al-Kabir et de le remplacer par un conseil d’administration concurrent. En réaction, les autorités de l’est avaient décrété un cas de force majeure et ordonné l’arrêt de la production et des exportations de pétrole.

La confrontation avait alors provoqué une forte contraction de l’activité pétrolière. Selon la National Oil Corporation (NOC), la compagnie pétrolière publique libyenne, la production avait été ramenée à environ 600 000 barils par jour, soit près de la moitié de son niveau habituel. Les exportations avaient elles aussi été lourdement affectées.

Cet épisode avait illustré la vulnérabilité de l’économie libyenne aux affrontements institutionnels. La quasi-totalité des ressources financières de l’État dépend en effet des hydrocarbures, tandis que les principaux gisements et infrastructures pétrolières se trouvent dans l’est et le sud du pays, des territoires largement contrôlés par des forces loyales à Khalifa Haftar.

La nomination de Naji Issa et de son vice-gouverneur, Miree al-Barasee, en 2024 avait ainsi constitué un compromis destiné à restaurer le fonctionnement de la Banque centrale après plusieurs mois de confrontation. L’accord, soutenu par les Nations unies, avait contribué à désamorcer le bras de fer qui menaçait directement la production pétrolière et avait aggravé les tensions financières.

La démission annoncée lundi ravive donc les incertitudes autour de la gouvernance de l’institution monétaire libyenne. À ce stade, Naji Issa n'a fourni aucune indication sur les raisons précises de son départ et aucune décision officielle concernant sa succession n’a été annoncée.

Dans un pays où le contrôle des institutions financières demeure étroitement lié à la rivalité entre les autorités de l’est et de l’ouest, l’avenir de la Banque centrale pourrait une nouvelle fois devenir un point de tension entre les deux camps.