Kenya
La communauté rastafari du Kenya a affiché sa déception mercredi, la justice ayant rejeté sa demande de l'autoriser, au nom de la liberté religieuse, à consommer du cannabis, le juge ayant notamment estimé que son usage n'était pas un élément central et obligatoire du culte rasta.
La loi kényane rend la possession de ce stupéfiant pour consommation personnelle passible de jusqu'à 10 ans de prison et d'une forte amende.
La Société rastafari du Kenya (RSK) a lancé en 2021 une action en justice réclamant que cette loi ne leur soit pas applicable au motif qu'elle les empêcherait de pratiquer leur culte.
Mouvement politique et spirituel, le rastafarisme est né en Jamaïque peu après le couronnement en 1930 d'Haïlé Sélassié 1er, empereur d'Ethiopie, qu'il considère comme un messie venu sauver le peuple noir.
Répandus désormais à travers le monde, ses adeptes se disent mystiques, panafricanistes, anticolonialistes et végétariens.
Le plus souvent coiffés de dreadlocks, ils revendiquent notamment la pratique de la méditation via la consommation de marijuana.
Mercredi, dans une décision rendue par visioconférence, le juge Bahati Mwamuye a rejeté "dans son intégralité" la requête judiciaire des rastafaris du Kenya.
"Le rastafarisme est une religion jouissant de protection constitutionnelle", a-t-il reconnu, mais "la preuve du rôle central du cannabis dans la foi rastafari est moins claire."
Si des adeptes du mouvement "ont tous convenu que le cannabis était utilisé comme sacrement, ils n'étaient pas d'accord sur le fait que son usage était essentiel ou simplement encouragé", a souligné le magistrat, rappelant aussi que certains rastafaris n'en consomment pas, "ce qui suggère que l'usage du cannabis est un choix plutôt qu'une exigence doctrinale."
"Choix cruel"
Cette "incohérence (...) fragilise l'argument des requérants selon lequel l'interdiction les place face à un 'choix cruel' entre leur foi et la loi", a poursuivi le juge, ajoutant que la législation répondait à "des objectifs légitimes" de santé et de sécurité publiques.
"Notre foi n'est pas respectée" et le verdict est "injuste", a réagi, dépitée, auprès de l'AFP, Marion Mwangi, 45 ans, après avoir écouté au tribunal la décision du juge.
Shadrack Wambui, un des avocats de la RSK, a annoncé à la presse que celle-ci allait faire appel.
"Je ne m'attendais pas à ce qu'on nous refuse nos droits", a expliqué, amer, Mwendwa Wambua, alias Ras Prophet, 55 ans, porte-parole de la RSK, "consommer du cannabis (...) est essentiel pour nous. Mais peut-être que le tribunal n'a pas été convaincu par nos explications."
"Nos lois oppressives (...) cherchent à rabaisser la spiritualité africaine", a également déploré Ras Dimo, 40 ans.
Même si ce n'était pas l'objet de l'affaire, le juge a appelé dans sa décision à un débat national sur la dépénalisation du cannabis, "omniprésent" au Kenya, citant même "Legalize it", célèbre chanson du musicien jamaïcain Peter Tosh, figure du mouvement rastafari: "Légalisez-le (...) c'est la meilleure chose à faire. Les médecins en fument, les infirmières en fument, les juges en fument, et les avocats aussi."
En 2019, en estimant que l'expulsion d'une élève de son école en raison de ses dreadlocks violait la liberté de culte, la justice kényane avait de facto reconnu le rastafarisme comme une religion.
Malgré cette victoire judiciaire, les rastas kényans se disent toujours stigmatisés, que ce soit pour leurs dreadlocks ou leur consommation d'herbe.
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