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« Clarissa » des frères nigérians Esiri au Festival de Cannes

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Nigéria

Inspiré du célèbre roman britannique Mrs Dalloway, « Clarissa », le nouveau film des frères jumeaux réalisateurs Arie Esiri et Chuko Esiri, présenté à la Quinzaine des cinéastes à Cannes, plonge dans les contrastes saisissants du Nigeria contemporain.

Le film met en scène une haute société lagosienne, éduquée à l’étranger, évoluant entre luxe, raffinement et singularité nigériane, tandis qu’en toile de fond, le nord du pays continue de subir les violences récurrentes du groupe djihadiste Boko Haram.

Pour leur deuxième long-métrage, les réalisateurs tissent une histoire autour des destins croisés de Clarissa et du mari de sa couturière, un soldat revenu du nord après avoir combattu Boko Haram. Traumatisé par la guerre, souffrant de stress post-traumatique et profondément désabusé par la corruption de ses supérieurs, il incarne les blessures invisibles d’un conflit qui dure depuis près de deux décennies.

Comme l’explique Chuko Esiri, cette fracture sociale s’inscrit dans un contexte plus large de profondes inégalités économiques : « Dans de nombreux pays en développement, on observe la disparition progressive de la classe moyenne, laissant place à une société de plus en plus divisée entre deux extrêmes. Tout devient instable, à l’image de la monnaie dont la valeur fluctue sans cesse. La richesse des individus peut s’effondrer brutalement avant de remonter tout aussi rapidement. »

L’une des tragédies soulignées par le film réside dans la distance émotionnelle entre les différentes réalités du pays_. « Le Nigeria, en tant qu’idée et construction politique, reste profondément marqué par son héritage colonial », explique encore le cinéaste. « Pendant ce temps, dans le sud, à Lagos, cette réalité semble presque lointaine, comme si elle n’affectait pas le quotidien. »_

Cette déconnexion est illustrée par une comparaison frappante : « C’est un peu comme observer, depuis le Royaume-Uni, une guerre qui se déroule en Irak : cela paraît se passer ailleurs. Pourtant, ici, ce n’est pas un conflit lointain. Ce sont vos voisins, votre communauté, votre propre pays qui sont touchés. »

À l’image de leur premier film acclamé, Eyimofe (This Is My Desire), les frères Esiri intègrent dans « Clarissa » des éléments du quotidien nigérian, comme les fréquentes coupures de courant, que Chuko Esiri décrit comme « un phénomène quotidien » au Nigeria.

Avec « Clarissa », deuxième film africain à susciter un accueil enthousiaste à Cannes cette année après Congo Boy, les frères Esiri offrent un regard subtil et poignant sur les fractures d’un pays partagé entre privilège, mémoire coloniale et violences contemporaines.

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