Bienvenue sur Africanews

Merci de choisir votre version

Regarder en direct

Infos

news

États-Unis : À Washington, une associaton lutte pour la préservation des cimetières afro-américains

La Black Georgetown Foundation œuvre à la préservation de la mémoire des quelques huit à dix mille personnes enterrées dans deux cimetières afro-américains du quartier.   -  
Copyright © africanews
Screenshot AFRICANEWS

Etats-Unis

Georgetown, l’un des quartiers les plus chers de l’actuelle Washington, était autrefois un lieu clé de la vie des afros-américains dans la capitale. Il ne reste que peu de traces de cette histoire depuis le début de la gentrification dans les années 1930, mais on peut encore trouver des vestiges de ses racines afro-américaines dans des cimetières qui ont souffert de décennies de négligence.

La Black Georgetown Foundation œuvre à la préservation de la mémoire des quelque huit à dix mille personnes enterrées dans deux cimetières : celui de l’église Mount Zion, l’une des plus anciennes églises noires de la ville, et celui de la Female Union Band Society, fondés respectivement en 1802 et 1842.

"Nous avons l’obligation spirituelle de mettre en valeur et de préserver la mémoire de ceux qui sont enterrés ici", a déclaré le président de la fondation, Neville Waters, dont l’arrière-grand-père, Charles Turner – affranchi de l’esclavage à l’âge de six ans – figure parmi les personnes inhumées sur ce site.

Le site appartient à une association et à l'église méthodiste unie Mount Zion, qui est toujours en activité aujourd'hui.

En se promenant dans ce cadre fleuri, il est possible de voyager dans le temps.

Une stèle marque la tombe du révérend Cartwright, datant de 1851. Lui aussi né en esclavage, il est devenu le premier pasteur méthodiste noir de la région de Baltimore, dans le Maryland.

À quelques pas de là se trouve la dernière demeure de Nannie, une fillette de sept ans décédée en 1856, dont la tombe est ornée de jouets.

Mais le temps et la négligence ont fait des ravages.

En 1930, un parcours équestre — aujourd’hui transformé en piste cyclable — a été aménagé au-dessus de certaines tombes.

"Nous avons des pierres tombales penchées, certaines brisées et d'autres qui semblent vides", a déclaré à l’AFP Lisa Fager, directrice exécutive de la Black Georgetown Foundation.

"Nous essayons d’identifier tout le monde, ce qui nécessite beaucoup de recherches", a-t-elle ajouté.

À ce jour, l’organisation a recensé environ 4 500 noms.

Un devoir moral

En face de ces lieux de sépulture se trouve le cimetière d'Oak Hill, fondé en 1848, où seules quelques personnes de couleur ont été inhumées.

Avec ses rangées bien ordonnées et ses pierres tombales soigneusement entretenues, ce cimetière contraste fortement avec ses voisins à majorité noire.

Antoinette Jackson, professeure d’anthropologie à l’Université de Floride du Sud, supervise le Black Cemetery Network, qui répertorie les cimetières afro-américains à travers les États-Unis.

"Le répertoire du réseau, qui recense 210 sites — dont environ les trois quarts ont fait l’objet de divers projets immobiliers —, n’est que la partie émergée de l’iceberg", a-t-elle expliqué.

"Beaucoup de ces cimetières ne bénéficieront jamais, jamais des mêmes ressources que les cimetières blancs", a déclaré la chercheuse, ajoutant que pendant la ségrégation aux États-Unis, "la surveillance, la protection et les moyens juridiques qui accompagnent généralement la gestion d’un cimetière n’étaient pas applicables aux Noirs".

En 2022, le Congrès a adopté une loi sur la préservation des cimetières afro américains mais quatre ans plus tard, le programme n’a toujours pas été financé.

Lutter contre l'oubli

Parmi les défis liés à la préservation auxquels sont confrontés ces cimetières figure le problème des inondations, les eaux usées des rues avoisinantes s’écoulant vers les lieux de sépulture.

Le conflit a atteint son paroxysme en 2021 lorsque la Black Georgetown Foundation a soulevé la question auprès de la ville, et fin 2025, les travaux du projet de déviation des eaux ont commencé.

"Nous avons eu des problèmes d’inondations car la gestion des eaux usées et de l’eau était insuffisante ici", a déclaré Waters, ajoutant que "nous nous engageons aujourd’hui dans une sorte de seconde renaissance".

Le groupe a également reçu une subvention de 125 000 dollars de la ville en décembre 2025 pour la restauration.

"Nous voulons maintenant transformer cet endroit en un parc commémoratif historique", a déclaré Lisa Fager à propos des cimetières de Mount Zion et de la Female Union Band Society, "afin de pouvoir raconter l’histoire américaine et de veiller à ce que les gens se souviennent qu’il y avait un Georgetown noir."

"Je pense qu’en raison du climat politique actuel, cela incite en fait les gens à vouloir en savoir plus sur l’histoire américaine", a-t-elle poursuivi.

La Black Georgetown Foundation propose des visites guidées des cimetières aux groupes scolaires et organise des événements festifs, notamment pour le Juneteenth, qui marque la fin de l’esclavage aux États-Unis.

Voir plus