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Montfort Mlachila : "La guerre au Moyen-Orient ralentit la croissance en Afrique" [Interview]

Montfort Mlachila, directeur adjoint du département Afrique du FMI, et Jerry Fisayo-Bambi, journaliste à Africanews/Euronews   -  
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Une nouvelle vague de chocs mondiaux, principalement provoquée par la guerre au Moyen-Orient, entraîne une nouvelle hausse du coût de la vie et assombrit les perspectives économiques de l’Afrique subsaharienne. C’est ce que révèle le dernier rapport du Fonds monétaire international (FMI), intitulé "Des acquis durement obtenus sous pression".

Hausse des prix alimentaires, flambée du carburant, augmentation du coût des engrais : les conséquences se font déjà sentir sur le terrain, ravivant les inquiétudes autour de la résilience économique du continent en 2026.

Selon le rapport du FMI, la croissance régionale devrait légèrement ralentir pour atteindre 4,3 %, tandis que l’inflation médiane devrait grimper à 5 % d’ici fin 2026.

Reprise économique fragilisée en Afrique subsaharienne

Cette révision intervient alors que plusieurs économies africaines commençaient tout juste à retrouver une dynamique positive. En 2025, l’Afrique subsaharienne avait enregistré son taux de croissance le plus rapide depuis dix ans, à 4,5 %, soutenu par la réduction des déséquilibres macroéconomiques, la hausse des investissements et un environnement extérieur relativement favorable.

Des pays comme le Bénin, la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie et le Rwanda affichaient des performances solides, avec une croissance supérieure à 6 %. Dans le même temps, l’inflation médiane était retombée autour de 3,5 % et les niveaux d’endettement public commençaient à diminuer.

"Mais la guerre au Moyen-Orient a véritablement freiné cette dynamique", a déclaré Montfort Mlachila, directeur adjoint du département Afrique du FMI, dans une interview accordée à Africanews. Selon lui, le conflit a eu des répercussions multiples : "avant tout à travers la hausse des prix du pétrole, mais aussi des engrais, des coûts de transport, ainsi que dans des secteurs comme le tourisme".

Une hausse de 20 % des prix internationaux des denrées alimentaires pourrait plonger plus de 20 millions de personnes en Afrique subsaharienne dans l'insécurité alimentaire et laisser 2 millions d'enfants de moins de 5 ans en situation de malnutrition aiguë.

Hausse des prix du pétrole : les pays africains vulnérables sous pression

Pour le FMI, l’Afrique subsaharienne fait désormais face à un nouveau choc économique majeur, après une succession de crises depuis la pandémie de Covid-19.

Le rapport avertit notamment qu’une hausse de 20 % des prix alimentaires mondiaux pourrait faire basculer jusqu’à 20 millions de personnes dans une situation d’insécurité alimentaire modérée ou sévère à travers le continent africain.

Les pays les plus exposés sont principalement les importateurs de pétrole, mais également ceux déjà fragilisés économiquement.

"Les pays qui cumulent une inflation élevée, de faibles réserves internationales, une croissance limitée et des déficits importants sont particulièrement vulnérables. Ils ont beaucoup plus de difficultés à absorber le choc provoqué par la hausse des prix du pétrole liée à la guerre", explique Montfort Mlachila.

À l’inverse, les États disposant de réserves suffisantes, d’une inflation maîtrisée et d’une croissance robuste seront davantage capables de faire face à cette crise énergétique. Parmi les pays particulièrement sous pression, le FMI cite notamment la Sierra Leone, la République centrafricaine et le Soudan du Sud.

La guerre au Moyen-Orient a provoqué un nouveau choc d'offre dans toute l'Afrique subsaharienne. Nous prévoyons un ralentissement de la croissance à 4,3 % en 2025 et une hausse de l'inflation médiane à 5 % d'ici la fin de l'année.

Coupes historiques de l’aide internationale à l’Afrique en 2025

Le rapport souligne également que l’Afrique subsaharienne — première région bénéficiaire de l’aide internationale dans le monde — a subi une baisse estimée entre 16 % et 28 % de l’aide bilatérale en 2025.

Ces réductions représentent une perte comprise entre 4 et 7 milliards de dollars par rapport aux niveaux de 2024. Le FMI décrit ces coupes budgétaires comme "sans précédent", touchant particulièrement les pays à faible revenu, les États fragiles et les zones affectées par les conflits.

Selon Montfort Mlachila, les conséquences risquent d’être particulièrement lourdes dans les pays les plus vulnérables. "Ce sont les pays les plus pauvres, notamment ceux confrontés à d’importants besoins humanitaires dans des secteurs comme la santé et l’éducation. L’impact est majeur, d’autant plus que ces chocs surviennent simultanément."

Soutien financier pour renforcer la résilience économique

Face à cette situation, le FMI affirme vouloir renforcer son soutien aux pays africains afin d’améliorer leur résilience économique. "Nous apportons une aide financière pour permettre aux pays de s’adapter à ces chocs majeurs et, surtout, pour renforcer leur capacité de résistance", a indiqué Montfort Mlachila.

Selon lui, ce soutien doit au minimum permettre d’atténuer les conséquences de la crise. "Sans assistance, certains pays auront encore plus de difficultés à faire face à la hausse des prix du pétrole, à financer leurs besoins quotidiens ou à maintenir des réserves de change suffisantes."

Le responsable du FMI appelle également les gouvernements africains à mettre en place des aides ciblées, comme des transferts monétaires directs, afin de soutenir les populations les plus touchées par l’inflation et la hausse du coût de la vie.

Le FMI défend ses politiques économiques en Afrique

Interrogé sur les critiques récurrentes visant les politiques budgétaires et monétaires recommandées par le FMI — souvent accusées d’aggraver les difficultés sociales — Montfort Mlachila rejette ces accusations. "Notre intervention permet d’améliorer la situation par rapport à un scénario où aucun soutien n’est apporté", affirme-t-il.

Et de rappeler que la présence du FMI peut encourager d’autres partenaires internationaux à fournir une aide supplémentaire. "Le FMI agit souvent comme un catalyseur pour mobiliser d’autres soutiens, notamment de la Banque mondiale, de l’Union européenne ou encore des bailleurs bilatéraux. Lorsque nous intervenons, les autres partenaires sont généralement plus enclins à apporter leur aide."

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