Bienvenue sur Africanews

Merci de choisir votre version

Regarder en direct

Infos

news

RDC : 3 ans depuis la première Journée Kimbangu

RDC : 3 ans depuis la première Journée Kimbangu
Des fidèles de l'Église kimbanguiste réunis pour l'office du dimanche de Pâques dans un centre d'accueil des fidèles à Kinshasa, en RDC, le 5 avril 2026   -  
Copyright © africanews
AP Photo/Rodney Muhumuza

République démocratique du Congo

Le fondateur de l’une des plus grandes Églises indépendantes d’Afrique, Simon Kimbangu, a passé 30 ans en prison et est mort en détention, exilé loin de son foyer par les autorités coloniales belges qui considéraient son mouvement comme une menace.

Contre toute attente, son message religieux s’est propagé à travers la République démocratique du Congo (RDC) et au-delà, jusqu’en Belgique. Aujourd’hui, des pèlerins affluent vers Nkamba, village situé au sud de Kinshasa, devenu haut lieu spirituel où les fidèles rendent hommage au prophète.

Depuis 2023, le 6 avril est officiellement célébré comme la Journée Kimbangu, dédiée à "la lutte de Simon Kimbangu et à la conscience africaine". Certains le comparent à Nelson Mandela, soulignant un destin marqué par la souffrance et la résistance, mais une reconnaissance internationale plus limitée.

Théologie de libération au cœur de l’histoire congolaise

Dans le contexte brutal de la colonisation belge, Kimbangu développe une théologie de libération noire, enracinée dans les réalités africaines. Son message, alors subversif, résonne aujourd’hui dans un Congo confronté à une instabilité chronique, notamment à cause des violences persistantes dans l’est du pays.

Pour de nombreux Congolais, le kimbanguisme — fondé sur la non-violence, l’autonomie et la résilience — constitue un modèle pour un État fragilisé, confronté à sa plus grave crise territoriale depuis l’indépendance en 1960. D’autres appellent les élites politiques à s’inspirer de son esprit de sacrifice.

"Nous sommes indépendants, mais pas libres", résume l’historien Bwatshia Kambayi, pointant un "héritage mental de domination" chez les dirigeants africains.

Église influente, structurée et en expansion

L’Église kimbanguiste, officiellement Église de Jésus-Christ sur la Terre par le prophète Simon Kimbangu, revendique entre 6 et 17 millions de fidèles. Son centre spirituel, Nkamba, surnommé la "Nouvelle Jérusalem", incarne le cœur du mouvement.

Fondée sur la Bible, l’Église se distingue par la reconnaissance de Kimbangu comme incarnation noire du Saint-Esprit, remettant en cause les représentations occidentales de la divinité. Structurée et hiérarchisée, elle en est aujourd’hui à sa troisième génération de dirigeants.

Parmi ses principes : interdiction de la polygamie, promotion de la résolution pacifique des conflits, solidarité communautaire et investissement dans l’éducation. Les femmes y occupent également des postes de responsabilité, reflet d’un héritage valorisant le rôle de Marie Muilu, épouse du fondateur.

De la répression coloniale à l’héritage spirituel

En 1921, dans un Congo exploité pour ses ressources — caoutchouc, bois, minerais — Kimbangu, simple catéchiste baptiste, devient une figure charismatique. En associant Dieu à Nzambi (divinité en kikongo) et en affirmant une représentation noire du sacré, il défie l’ordre colonial et ses fondements idéologiques.

Son influence grandissante inquiète les autorités. Accusé d’insurrection, il est condamné à mort, puis gracié par le roi Albert Ier de Belgique, sa peine étant commuée en détention à perpétuité. Il est exilé à Lubumbashi, à plus de 1 600 km, où il meurt en 1951.

Son épouse, Marie Muilu, assure la continuité du mouvement, suivie par leur fils Joseph Diangienda Kuntima, puis par les générations suivantes. Depuis 2001, l’Église est dirigée par son petit-fils, Simon Kimbangu Kiangani.

Entre foi, identité et mobilisation politique

Aujourd’hui, le kimbanguisme reste une force religieuse et sociale majeure en RDC. À Kinshasa, les fidèles célèbrent leur leader à travers chants, danses et pèlerinages vers Nkamba. L’Église produit sa propre musique sacrée et encadre la vie sociale de ses membres, y compris dans les relations familiales et conjugales.

Sur le plan politique, son influence est tangible. Le président Félix Tshisekedi entretient des liens étroits avec les kimbanguistes, tout comme la Première ministre Judith Suminwa. Le mouvement constitue également un réservoir électoral stratégique.

Crise à l’est et enjeux géopolitiques

La RDC fait face à une crise sécuritaire majeure dans l’est, où la ville de Goma est sous contrôle du groupe rebelle M23, soutenu par le Rwanda. Ce conflit, centré sur une région riche en ressources minières (notamment au Nord-Kivu), a provoqué des déplacements massifs de populations et ravivé les craintes de fragmentation du territoire.

Dans ce contexte, Félix Tshisekedi a proposé aux États-Unis un accès aux ressources minières — estimées à 24 000 milliards de dollars — en échange d’un soutien sécuritaire. Une initiative controversée, alors que la Chine est déjà très présente dans le secteur extractif congolais.

Des voix critiques dénoncent un risque pour la souveraineté nationale, certains comparant ces accords à une "vente des ressources du pays".

L’héritage de Kimbangu, entre mémoire et exigence politique

Pour les responsables kimbanguistes, l’exemple de Kimbangu reste un repère moral. "Il s’est sacrifié pour libérer son peuple", rappelle le pasteur Paul Kasonga.

À l’inverse, certains intellectuels dénoncent une élite déconnectée, davantage préoccupée par l’enrichissement personnel que par le bien commun. "Aucun dirigeant n’a atteint le niveau d’engagement de Kimbangu pour la liberté du peuple", critique Bwatshia Kambayi.

Pour les fidèles, le message demeure clair : la foi doit s’accompagner d’un combat pour les droits et la dignité. Comme le résume le pasteur Toussaint Mungwala : "Le prophète fondateur s’est battu pour le peuple. C’est la leçon essentielle."

Voir plus