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Énergie atomique : la France veut renforcer son arsenal nucléaire

Emmanuel Macron passe les troupes en revue lors de sa visite à la base navale de sous-marins nucléaires de l'île Longue à Crozon, le 2 mars 2026.   -  
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(Yoan Valat/Pool Photo via AP)

France

Le président Emmanuel Macron a déclaré lundi que la France allait renforcer son arsenal atomique et pourrait déployer pour la première fois des avions nucléaires dans des pays alliés, alors qu'il dévoilait un plan sans précédent visant à renforcer la sécurité sur le continent.

S'exprimant depuis la base nucléaire sous-marine d'Ile Longue alors que son mandat touche à sa fin, M. Macron a annoncé que huit pays européens, dont l'Allemagne, la Pologne, la Suède et la Grande-Bretagne, avaient accepté de participer à ce qu'il a qualifié de programme de dissuasion nucléaire « avancée ». « Aujourd'hui plus que jamais, l'indépendance ne peut signifier l'isolement », a déclaré M. Macron dans son discours de 50 minutes, avec en arrière-plan l'un des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins français.

« Nous traversons actuellement une période de bouleversements géopolitiques pleine de risques », a déclaré M. Macron, s'exprimant après le lancement des attaques américaines et israéliennes contre l'Iran dans le cadre d'une campagne qui risque de déstabiliser le Moyen-Orient. M. Macron a déclaré que huit pays européens avaient accepté de se joindre à son plan visant à utiliser le stock nucléaire français pour renforcer la sécurité sur le continent.

« L'Allemagne sera un partenaire clé dans cet effort », a-t-il déclaré. Dans une déclaration commune publiée à la suite du discours de Macron, la France, seule puissance nucléaire de l'Union européenne, et l'Allemagne ont annoncé la création d'un « groupe de pilotage nucléaire », ajoutant qu'un tel accord « viendrait compléter, et non remplacer, la dissuasion nucléaire de l'OTAN ».

Ces pays, parmi lesquels les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce et le Danemark, pourront accueillir temporairement les « forces aériennes stratégiques » françaises, qui pourront « se déployer sur tout le continent européen » afin de « compliquer les calculs de nos adversaires », a déclaré M. Macron. Ce projet pourrait également impliquer « la participation conventionnelle des forces alliées à nos activités nucléaires », comme lors des récents exercices militaires auxquels ont participé les forces britanniques, a ajouté M. Macron.

Il a souligné que la France maintiendrait un contrôle strict sur les décisions nucléaires. La France et l'Allemagne ont déclaré avoir convenu de prendre « les premières mesures concrètes dès cette année », notamment la participation conventionnelle de l'Allemagne aux exercices nucléaires français. - « S'armer avec nos amis » - M. Macron a actualisé la doctrine nucléaire française alors que la guerre de la Russie contre l'Ukraine entre dans sa cinquième année et que les alliés de l'OTAN s'inquiètent de l'engagement vacillant de Washington envers l'Europe.

Les assurances données par les responsables américains selon lesquelles la force de dissuasion américaine continuerait à couvrir l'Europe dans le cadre de l'alliance de l'OTAN n'ont guère apaisé les craintes européennes quant à l'inconstance du président américain Donald Trump. M. Macron a souligné que cette nouvelle initiative s'ajouterait à la mission nucléaire de l'OTAN. Les États-Unis stationnent des bombes nucléaires dans cinq pays européens : l'Italie, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et la Turquie.

Il a également déclaré avoir ordonné une augmentation du nombre d'ogives nucléaires, mais a ajouté que la France ne divulguerait plus aucun détail sur son arsenal. M. Macron a énuméré ces mesures alors que les alliés de la France craignent qu'une éventuelle victoire du parti eurosceptique d'extrême droite Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen à l'élection présidentielle de l'année prochaine ne compromette la coopération européenne.

Le Premier ministre polonais Donald Tusk a déclaré que la Pologne était en pourparlers avec la France et d'autres alliés européens pour prendre de nouvelles mesures. « Nous nous armons avec nos amis afin que nos ennemis n'osent jamais nous attaquer », a-t-il déclaré sur X. Le Premier ministre suédois Ulf Kristersson a également déclaré que son pays considérait l'initiative de Macron comme « positive ».

- « Disperser nos atouts » - La France possède le quatrième arsenal nucléaire mondial, avec environ 290 ogives. La Grande-Bretagne, qui n'est plus membre de l'UE, est la seule autre puissance nucléaire européenne. En revanche, les États-Unis et la Russie, les deux principales puissances atomiques mondiales, possèdent chacun des milliers d'ogives nucléaires.

Jean-Marie Collin, de la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN), a déclaré qu'il prévoyait « une augmentation de 50 à 100 ogives nucléaires d'ici une dizaine d'années ». Il a ajouté que la fin de la transparence annoncée par Macron était « contraire à l'esprit » du Traité de non-prolifération.

Rafael Loss, du Conseil européen des relations étrangères, a averti qu'une victoire électorale de l'extrême droite l'année prochaine « pourrait faire reculer bon nombre, voire la plupart, de ces mesures ». « La politique électorale peut avoir un impact considérable sur la crédibilité de la dissuasion nucléaire telle qu'elle est perçue par les alliés et les adversaires, comme le démontrent les développements depuis la réélection de Trump », a-t-il déclaré.

Les dirigeants du RN, Marine Le Pen et Jordan Bardella, ont contesté le plan de « dissuasion avancée » de Macron. « Ce nouveau concept revient en fait à disperser nos moyens nucléaires sur le territoire européen », ont-ils déclaré dans un communiqué commun. « D'ici à la prochaine élection présidentielle, le Rassemblement national défendra avec la plus grande vigueur la souveraineté et l'efficacité de notre force nucléaire. »

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