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Sénégal : de l’espoir à la colère, les étudiants face au pouvoir

Des étudiants quittent l’université Cheikh Anta Diop, évacuée après la mort d’un étudiant en deuxième année, Abdoulaye Ba, à Dakar, le 10 février 2026.   -  
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Dakar

À Dakar, la tension est retombée à l’université Cheikh Anta Diop (UCAD), mais la colère demeure. Après plusieurs jours d’affrontements entre étudiants et forces de l’ordre, la mort d’un étudiant en deuxième année de médecine a profondément choqué le pays et ravivé les critiques contre le gouvernement.

Des violences sur fond de revendications sociales

À l’origine de la mobilisation : le paiement d’arriérés de bourses, une revendication récurrente dans les universités sénégalaises. Depuis plusieurs années, ces retards provoquent régulièrement des mouvements de contestation, parfois émaillés d’affrontements avec la police.

Cette semaine, la situation a dégénéré. Des vidéos filmées par des étudiants montrent des policiers en tenue anti-émeute frappant des jeunes à coups de matraque dans l’enceinte du campus et jusque dans les résidences universitaires.

Alassane Goudjaby, étudiant à l’Institut national supérieur d’éducation populaire et de sport de l’UCAD, affirme que les étudiants ne prévoyaient pas de manifester :

« Ce que les étudiants ont dit, c'est qu'ils ne voulaient pas organiser de manifestation. Mais la police nous a forcés à manifester. (…) Ils nous ont trouvés dans nos chambres, ils nous ont délogés, ils nous ont battus jusqu'à nous blesser. »

Une mort qui provoque l’indignation

Les violences ont atteint leur paroxysme lundi avec la mort d’un étudiant en deuxième année de médecine, dans des circonstances encore floues. Le gouvernement a qualifié les faits de « tragédie » et reconnu des actes de brutalité policière, tout en accusant certains manifestants d’avoir tenté de détruire des infrastructures universitaires.

Des accusations contestées par de nombreux étudiants, qui réclament une enquête indépendante pour faire la lumière sur les circonstances du décès.

Demba Naguel Diallo, étudiant en physique et chimie à l’UCAD, exprime un sentiment largement partagé sur le campus : « Nous sommes vraiment déçus (…) surtout avec ce gouvernement, que nous avons soutenu jusqu'à la fin de la lutte, nous nous attendions à autre chose. (…) J'espère que des enquêtes seront menées sur cette tragédie. »

Une jeunesse désillusionnée

La crise prend une dimension particulièrement sensible dans un pays où près de 75 % de la population a moins de 35 ans. Les jeunes ont joué un rôle déterminant dans l’alternance politique de 2024, soutenant massivement le pouvoir actuel et ses promesses de rupture avec l’ancien système.

Aujourd’hui, certains parlent de trahison. « Une honte pour l’Afrique », lancent des étudiants, dénonçant des violences qu’ils jugent incompatibles avec les espoirs placés dans les nouvelles autorités.

Un campus toujours fermé

Deux jours après les affrontements, le calme est revenu à l’UCAD. Les portes de l’université et des résidences étudiantes restent toutefois fermées. De nombreux étudiants ont quitté Dakar sans savoir quand les cours reprendront.

Au-delà des dégâts matériels, c’est désormais la relation entre le pouvoir et une partie de la jeunesse sénégalaise qui semble fragilisée, dans l’attente de réponses, d’éventuelles responsabilités établies et de mesures concrètes pour restaurer la confiance.