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Nigeria : le dragage de sable menace Lagos et son écosystème

Dragage de sable près de Makoko, un village de pêcheurs situé de l'autre côté du troisième pont continental, à Lagos, au Nigéria, le samedi 6 décembre 2025.   -  
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AP Photo

Nigéria

À Lagos, la plus grande ville d’Afrique, l’extraction de sable dans la lagune transforme le littoral et met en danger les communautés de pêcheurs et l’équilibre écologique.

Sous une autoroute à huit voies, des hommes se tiennent debout, immergés jusqu’à la taille dans la lagune de Lagos. Armés de seaux, ils plongent dans l’eau trouble, remontant chaque fois du sable qui modifie le littoral de la mégapole et menace les moyens de subsistance de certains de ses habitants les plus vulnérables.

Le sable est devenu une ressource stratégique à Lagos. Son extraction intensive contribue à la construction de nouveaux bâtiments et de propriétés haut de gamme, mais elle fragilise la lagune, autrefois vaste étendue d’eau ouverte. Aujourd’hui, bancs de sable, chenaux rétrécis et courants modifiés perturbent la vie aquatique et les milliers de pêcheurs qui dépendent de ces eaux.

À Makoko, l’une des plus anciennes communautés de pêcheurs de Lagos, les barges de dragage opèrent à quelques mètres des maisons sur pilotis. Les habitants dénoncent l’empiètement sur leurs zones de pêche :

« Vous savez, nous ne sommes pas puissants. Les dragueurs ont pollué toutes les eaux. Si nous voulons pêcher maintenant, il n'y a plus de poissons dans tous les endroits où se déroulent les activités de dragage. Les poissons fuient au bruit des moteurs. Toutes les zones où les poissons se reproduisent habituellement ont été complètement envahies par les dragues. » déclare Baale Semede Emmanuel, chef local, à Makoko.

Au cours des cinq dernières années, des dizaines d’entreprises de dragage, légales ou informelles, ont intensifié leurs activités, extrayant des millions de mètres cubes de sable chaque année. Selon les analystes, la ville consomme une quantité équivalente à environ 16 000 piscines olympiques chaque année.

Les pêcheurs rapportent que le dragage détruit les zones peu profondes où les poissons se reproduisent, forçant certains à aller plus loin en mer, augmentant leurs coûts de carburant et leur exposition à des eaux plus dangereuses. Certains ont même abandonné la pêche.

Le gouvernement de Lagos, sous la direction du gouverneur Babajide Sanwo-Olu, affirme avoir fermé les sites opérant sans permis et renforcé la surveillance environnementale. Mais les dirigeants communautaires dénoncent une application incohérente de la loi, souvent contournée par des paiements versés aux opérateurs informels.

Des recherches scientifiques confirment les impacts du dragage : des niveaux de turbidité bien supérieurs aux normes nationales perturbent la reproduction et la migration des poissons. Les scientifiques alertent également sur les risques d’inondations à long terme, la lagune perdant sa capacité naturelle à absorber les eaux de crue.

Chaque année, des dizaines de millions de mètres cubes de sable sont extraits, transformant la lagune et fragilisant son écosystème. Pour Lagos et ses habitants, la bataille pour préserver ces eaux vitales ne fait que commencer.

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