Zimbabwe
En Afrique, les adolescentes confrontées aux obstacles de l’accès à la contraception
Devenir mère à l’adolescence était loin de ce que Kelly Nhedega, une jeune Zimbabwéenne, avait imaginé pour son avenir. À 18 ans, elle avait d’autres projets : terminer ses études, suivre une formation d’infirmière, puis fonder une famille.
Mais lorsqu’elle a commencé à avoir des relations sexuelles, l’accès à la contraception lui a semblé hors de portée.
Dans la clinique locale, très fréquentée, faire la queue pour obtenir des préservatifs, des pilules contraceptives ou un implant lui faisait craindre d’être jugée par les autres patientes ou le personnel soignant, voire que ses parents soient mis au courant. Cette stigmatisation l’a dissuadée de demander une contraception.
Elle est tombée enceinte à 16 ans et a abandonné ses études.
Aujourd’hui mère d’un enfant de 18 mois, Kelly Nhedega a récemment pu obtenir des contraceptifs en toute discrétion. Elle espère désormais reprendre ses études.
« Je n’ai pas l’intention d’avoir d’autres enfants, car je veux retourner à l’école », explique-t-elle. « Si j’ai d’autres enfants, je n’aurai pas le temps de reprendre mes études. »
Alors que les coupes dans l’aide internationale et les perturbations du transport maritime mondial menacent l’approvisionnement en contraceptifs en Afrique, son histoire illustre un problème plus large : disposer de contraceptifs ne garantit pas que les adolescentes puissent réellement y accéder.
L’opposition des parents, les politiques restrictives, la stigmatisation et la peur d’être reconnues dans une clinique constituent autant d’obstacles, alors même que les gouvernements tentent de compenser la baisse de l’aide étrangère.
Selon les experts, l’accès à la contraception est essentiel pour permettre aux adolescentes d’éviter les grossesses non désirées et de réduire les risques liés à la grossesse et à l’accouchement, dans une région où la mortalité maternelle reste élevée.
Cet article s’inscrit dans une série consacrée à la mortalité maternelle en Afrique subsaharienne, la région qui connaît la croissance démographique la plus rapide au monde et qui concentre 70 % des décès maternels à l’échelle mondiale.
1400 établissements de santé reproductive fermés
À l’échelle du continent africain, environ 180 000 décès liés à la grossesse sont enregistrés chaque année.
Le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) estime que les réductions de l’aide internationale entraîneront cette année un déficit mondial de financement de 185 millions de dollars pour les contraceptifs.
En décembre, près de 1 400 établissements de santé reproductive avaient fermé dans le monde, dont 1 175 en Afrique, privant environ 5,9 millions de femmes de ces services, selon la Fédération internationale pour le planning familial.
Les adolescentes comme Kelly Nhedega dépendent souvent de ces structures de proximité pour accéder à la contraception sans avoir à subir le regard des autres.
Pour la jeune femme, la solution se trouvait dans une vieille caravane bleue et blanche, installée dans un coin discret d’un hôpital d’Epworth, une agglomération densément peuplée située à la périphérie de Harare, la capitale du Zimbabwe.
Cette caravane, reconvertie en clinique mobile, offre aux adolescentes un espace confidentiel où elles peuvent obtenir des contraceptifs à l’abri du regard de leurs proches, de leurs voisins, de leurs camarades de paroisse ou des autres patientes.
Depuis 2021, cette structure a fourni des contraceptifs, des traitements contre les infections sexuellement transmissibles, des consultations et des informations sur la santé sexuelle et reproductive à plus de 100 000 adolescents d’Epworth, des communautés agricoles voisines et des quartiers informels, selon Pester Siraha, directeur de Population Services Zimbabwe, l’organisation qui gère cette caravane et d’autres cliniques mobiles. Mais ce service est aujourd’hui fragilisé par la réduction des financements internationaux.
2,25 millions de dollars supplémentaires par an
L’organisation, affiliée à MSI Reproductive Choices, qui propose des services de contraception et d’avortement dans 36 pays, principalement en Afrique et en Asie, a perdu une subvention de 9 millions de dollars sur cinq ans, accordée en 2023. Cette décision fait suite au démantèlement de nombreux programmes d’aide par l’administration Trump en 2025.
Selon l’organisation, plus de 6 millions de dollars de cette enveloppe n’avaient pas encore été dépensés.
Pour compenser une partie de ce manque à gagner, elle s’est tournée vers des financements suédois. Mais ce soutien a pris fin en août, après que le gouvernement suédois a progressivement supprimé son aide au développement destinée au Zimbabwe, à la Tanzanie, au Mozambique, au Liberia et à la Bolivie, afin de donner la priorité à l’Ukraine.
Ces réductions budgétaires pourraient contraindre cette organisation, active depuis près de quarante ans, à mettre fin à ses activités de proximité.
Le ministre zimbabwéen de la Santé, Douglas Mombeshora, affirme que le pays a consacré 6,3 millions de dollars à l’achat de contraceptifs depuis 2022. Le gouvernement s’est également engagé à allouer 2,25 millions de dollars supplémentaires par an à ces achats en 2026 et 2027.
Mais partout en Afrique, la disponibilité des contraceptifs ne signifie pas nécessairement que les adolescentes peuvent s’en procurer.
En Zambie, Inonge Wina Chinyama, directrice de MSI Zambie, explique que l’incertitude entourant les règles relatives au consentement parental constitue un obstacle supplémentaire.
Même les jeunes filles qui parviennent à surmonter ces difficultés peuvent se retrouver dans des centres de santé où leur méthode contraceptive préférée n’est pas disponible, ajoute-t-elle.
Selon Mme Chinyama, la suppression du soutien américain à la distribution en Zambie affecte particulièrement ce qu’elle appelle le « dernier kilomètre » : l’acheminement des contraceptifs depuis les entrepôts centraux et les centres provinciaux jusqu’aux structures de santé rurales.
Des contraceptifs stockés quelque part dans le pays ne servent guère aux adolescentes qui vivent loin des entrepôts où ils sont conservés, souligne-t-elle.
Les perturbations du transport maritime international ont encore aggravé la situation.
En mars, l’UNFPA a indiqué que les transporteurs avaient modifié leurs itinéraires afin d’éviter les voies maritimes affectées par les conflits.
En Zambie, une livraison de contraceptifs commandée en novembre est ainsi arrivée avec plus de trois mois de retard.
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