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Kenya : à Lamu, la raffinerie de Dangote suscite la contestation

Abiy Ahmed Ali, Aliko Dangote et William Ruto lancent la raffinerie Dangote East Africa à Lamu, au Kenya, le 30 septembre 2026.   -  
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Kenya

Réputée pour ses plages paradisiaques, sa vieille ville historique et son tourisme haut de gamme, l’île kényane de Lamu s’apprête à accueillir l’une des plus grandes raffineries de pétrole d’Afrique.

Porté par le milliardaire nigérian Aliko Dangote, ce complexe industriel représente un investissement de 16 milliards de dollars. Le coup d’envoi des travaux a été donné mercredi, en présence de plusieurs chefs d’État. Sa mise en service est prévue d’ici 2030.

Pour les habitants, cette transformation est brutale. À Lamu, les voitures sont quasiment absentes et les déplacements se font encore largement à dos d’âne. Le site n’a été choisi qu’en juillet, quelques mois après les premières discussions autour du projet.

Des habitants ont saisi la justice, notamment pour contester les conditions d’utilisation des terres. Les organisations environnementales dénoncent, elles, les risques pour l’écosystème côtier. Greenpeace estime que la raffinerie menace l’un des environnements les plus fragiles d’Afrique de l’Est.

Aliko Dangote rejette les critiques et accuse ses opposants de vouloir empêcher le développement du continent.

Pour lui, cette infrastructure doit contribuer à réduire la dépendance du continent aux produits pétroliers raffinés importés. Selon l’Africa Finance Corporation, l’Afrique importe actuellement environ 70 % des carburants qu’elle consomme, malgré une production de plusieurs millions de barils de brut par jour.

Le groupe Dangote dispose déjà au Nigeria d’une raffinerie de 650 000 barils par jour, entrée en service en 2024. Sa capacité pourrait atteindre 1,4 million de barils par jour d’ici 2028, ce qui la placerait parmi les plus grandes installations de raffinage au monde.

Le président kényan William Ruto a d’abord qualifié d’« extorqueurs » les personnes contestant le projet devant les tribunaux, avant de promettre une étude environnementale rigoureuse. Des garanties jugées tardives.

Le chantier suscite néanmoins des espoirs économiques. Les autorités annoncent 60.000 emplois directs et indirects ainsi qu’un ce ntre de formation pour 1.000 jeunes. Certains habitants redoutent toutefois que ces retombées profitent principalement à une main-d’œuvre venue de l’extérieur.

Pêcheurs et professionnels du tourisme craignent également pour leurs revenus. « Les touristes viennent ici pour la culture. Pas pour les pétroliers », résume Famau, un opérateur touristique local.

L’implantation de cette infrastructure pourrait ainsi profondément modifier l’économie et le paysage de cette île jusqu’ici préservée.