Tunisie
À flanc de falaise, au nord de Tunis, Sidi Bou Saïd attire toujours plus de visiteurs, plus de deux semaines après son inscription sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco. La décision a été prise lors de la réunion du Comité du patrimoine mondial des Nations unies, organisée à Busan, en Corée du Sud, où plusieurs dizaines de candidatures étaient examinées.
Réputé pour ses façades immaculées ponctuées de bleu, ses ruelles étroites et son atmosphère singulière, le village constitue depuis longtemps l’un des hauts lieux du tourisme tunisien. L’affluence y demeure particulièrement visible : les visiteurs parcourent les venelles, fréquentent les échoppes consacrées à l’artisanat traditionnel et acquièrent notamment des peintures de paysages ou des céramiques peintes à la main.
« Tout le monde nous envie d’avoir un tel village. Ils nous disent que nous avons beaucoup de chance de vivre dans un endroit pareil », témoigne Aymen Ghamrasni, habitant de Sidi Bou Saïd et passionné par l’histoire du lieu. Dans les rues du village, il évoque un patrimoine devenu à la fois un cadre de vie quotidien et une attraction de portée internationale, jusque dans des gestes ordinaires comme celui de s’arrêter pour déguster un bambalouni, beignet traditionnel tunisien.
La dimension internationale de Sidi Bou Saïd est également soulignée par les visiteurs étrangers. Ahmed Achouilia, guide touristique irakien, décrit le village comme « un site incontournable du tourisme mondial » et « le visage de la Tunisie ». Selon lui, la destination est désormais perçue en Irak comme un passage presque obligé pour les voyageurs se rendant dans le pays.
Même constat chez Yassine Rhimi, touriste syrien, qui considère Sidi Bou Saïd comme « le plus beau village de Tunisie ». Il met en avant son caractère singulier et ses couleurs caractéristiques, bleu et blanc, ainsi que la richesse plus générale du patrimoine tunisien.
Le village tire son nom d’un saint soufi du XIIIᵉ siècle, dont le sanctuaire constitue l’un des éléments historiques autour desquels la localité s’est développée. Cette dimension spirituelle s’ajoute à l’architecture et au paysage pour former l’identité patrimoniale du site.
L’inscription par l’Unesco ne constitue toutefois pas seulement une distinction symbolique. Le programme du patrimoine mondial concerne des sites considérés comme présentant une « valeur universelle exceptionnelle » pour l’humanité et prévoit des mécanismes d’assistance technique ainsi que de formation professionnelle afin d’aider les États à préserver ces lieux. L’Unesco peut également intervenir lorsque des sites inscrits sont menacés de destruction ou de dégradation.
La réunion du Comité du patrimoine mondial tenue en Corée du Sud a également abouti à l’inscription de plusieurs autres sites, parmi lesquels les anciennes capitales japonaises d’Asuka et de Fujiwara ainsi que le paysage migratoire de Boma-Badingilo, au Soudan du Sud, qui abrite l’une des plus importantes migrations de grands mammifères terrestres au monde et constitue la première inscription de ce pays sur la Liste du patrimoine mondial.
Pour la Tunisie, la reconnaissance de Sidi Bou Saïd vient ainsi consacrer un lieu déjà profondément ancré dans l’imaginaire touristique national et international. Entre héritage religieux, architecture, artisanat et fréquentation touristique, le village voit désormais sa valeur patrimoniale reconnue à l’échelle mondiale, avec pour corollaire la nécessité de préserver durablement son identité et son environnement.
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