Forces de Soutien Rapide
Dans l'État du Kordofan du Nord, les conséquences de la guerre se mesurent jusque dans les infrastructures indispensables à la vie quotidienne. À Al-Rahad, un centre médical a été entièrement détruit lors d'une attaque attribuée aux Forces de soutien rapide (FSR), privant la population de services de santé essentiels.
« Le centre médical a été entièrement détruit lors d'une attaque des Forces de soutien rapide. Les bâtiments et les équipements ont été endommagés, notamment la pharmacie, le service d'hospitalisation, les services d'échographie et d'électrocardiographie, les bureaux des responsables ainsi que les salles d'opération », témoigne Khaiera Ibrahim Abdul-Mawla, directrice du centre de santé d'Al-Rahad.
La destruction de cet établissement illustre les conséquences d'un conflit qui, depuis avril 2023, oppose l'armée soudanaise aux FSR du général Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemeti ». La guerre a fait plus de 200.000 morts selon certaines estimations et entraîné le déplacement de millions de personnes, tandis que de nombreuses infrastructures civiles ont été endommagées ou détruites.
À Al-Rahad, les services municipaux ont également été touchés. L'autorité chargée de la propreté de la ville, qui assure notamment l'entretien des rues et des marchés, a été prise pour cible par des milices, selon son responsable des opérations, Salah El-Din Yahya Siddiq.
« L'autorité de nettoyage est au service des citoyens. Elle assure la propreté des rues et des marchés et fournit des services à la population. Mais elle a été prise pour cible par des milices, ce qui a entraîné la destruction de cette institution et l'arrêt de ses activités. Nous condamnons fermement ces actes », affirme-t-il.
Ces destructions interviennent alors que le conflit soudanais s'enlise et que le paysage militaire se fragmente. Dans les territoires contrôlés par l'armée, des dizaines de groupes armés ont gagné en influence et renforcé leurs effectifs depuis le début des hostilités. Trois formations dominent particulièrement ce dispositif : les Forces conjointes, une coalition d'anciens groupes rebelles du Darfour ; les Forces du Bouclier du Soudan, constituées notamment de combattants ayant fait défection des FSR ; et la Brigade Baraa ibn Malek, une force islamiste liée à l'Iran.
Ces groupes disposent de leurs propres capacités militaires, notamment d'artillerie, de missiles antiaériens et de drones armés. Officiellement placés sous l'autorité du chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Burhan, ils sont toutefois perçus comme des alliés de circonstance dont les intérêts pourraient, à terme, diverger de ceux du pouvoir.
Dans les villes contrôlées par l'armée, notamment Khartoum, Port-Soudan et Wad Madani, des civils disent redouter la présence de ces combattants. À Khartoum, certains continuent de circuler en armes malgré les directives leur demandant de quitter la capitale.
« Nous avons vu ce scénario encore et encore. Ce sont toujours les mêmes erreurs, et ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils ne se retournent les uns contre les autres », estime un écrivain soudanais interrogé par l'AFP sous couvert d'anonymat.
Cette crainte repose sur un précédent particulièrement lourd. Depuis plusieurs décennies, l'armée soudanaise s'est appuyée sur des milices pour mener ses opérations dans les régions périphériques du pays. Les Forces de soutien rapide elles-mêmes sont issues de cette stratégie. Dans les années 2000, Omar el-Béchir avait armé les Janjawid pour réprimer la rébellion au Darfour, avant que ces forces ne soient progressivement intégrées aux FSR en 2013.
Leur chef, Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemeti », s'est ensuite retourné contre le régime d'Omar el-Béchir lors du soulèvement de 2018-2019. Il est devenu un allié du général Burhan avant que leur rivalité ne dégénère, en avril 2023, en une guerre ouverte qui ravage toujours le pays.
L'épisode nourrit aujourd'hui les inquiétudes autour des nouvelles alliances militaires du chef de l'armée. Après avoir repris Khartoum aux FSR, Abdel Fattah al-Burhan avait ordonné aux groupes armés de quitter la capitale. Mais des combattants continuent d'y circuler. Le pouvoir affirme également vouloir intégrer ces forces à l'armée, sans qu'un calendrier précis ne se dessine.
La situation est particulièrement sensible dans l'État d'Al-Jazira, au sud-est de Khartoum, où les Forces du Bouclier du Soudan ont établi des points de contrôle et consolidé leur influence. Leur chef, Abu Aqla Kaykal, s'était retourné contre les FSR en 2024. Il est désormais régulièrement aperçu aux côtés de Burhan, une proximité qui alimente les interrogations sur son poids politique et militaire.
Selon l'analyste soudanaise Kholood Khair, les alliances actuelles reposent avant tout sur un « ennemi commun ». Les Forces conjointes, dirigées notamment par le gouverneur du Darfour Minni Minnawi et le ministre des Finances Gibril Ibrahim, se sont ainsi rapprochées de l'armée après des années de rébellion contre le pouvoir central.
Mais ces rapprochements pourraient n'être que temporaires. « Ce sont tous des mercenaires qui défendent leurs propres intérêts », estime un diplomate au Soudan, selon lequel les groupes armés pourraient rompre avec le pouvoir s'ils estiment leurs intérêts menacés.
Pour les civils, les destructions d'Al-Rahad donnent une dimension concrète à ces inquiétudes. Alors que les forces rivales se disputent le contrôle du territoire, les infrastructures de santé et les services publics continuent de s'effondrer. Et derrière la question de la victoire militaire se profile désormais une autre incertitude : celle de savoir si les groupes armés mobilisés aujourd'hui par l'armée accepteront demain de se soumettre à son autorité, ou s'ils deviendront à leur tour les acteurs d'un nouveau conflit.
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