République démocratique du Congo
Le président congolais Félix Tshisekedi a évoqué, mercredi 6 mai 2026, la possibilité d’un troisième mandat ainsi que d’un report de l’élection présidentielle de 2028, en cas de poursuite du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Actuellement à la tête du pays depuis 2019, il achèvera son second mandat en 2028, la Constitution limitant traditionnellement le nombre de mandats présidentiels à deux. Lors d’une conférence de presse à Kinshasa, diffusée à la télévision nationale, Félix Tshisekedi n'a pas caché ses intentions : « Je n’ai pas sollicité de troisième mandat, mais si le peuple congolais le souhaite, j’accepterai. » Il a insisté sur le fait que toute modification constitutionnelle devrait être validée par référendum, conformément à la loi congolaise. En RDC, une révision constitutionnelle peut être adoptée soit par référendum (convoqué par le président), soit par une majorité des trois cinquièmes au Parlement. Or, l’Union sacrée, coalition majoritaire proche du président, y dispose d’une large majorité.
L’opposition, affaiblie par des défaites électorales successives depuis 2024, accuse déjà Félix Tshisekedi de manœuvrer pour prolonger son pouvoir. Ce dernier a répondu : « Je ne veux pas m’accrocher au pouvoir, mais servir mon pays. »
La guerre comme justification d’un report électoral
Le président a longuement défendu son bilan, affirmant avoir « réussi à sortir le Congo du trou noir dans lequel il était ». Cependant, il a souligné que la guerre dans l’est du pays, mené par le groupe armé M23 soutenu par le Rwanda, pourrait empêcher l’organisation des élections en 2028. « Si nous ne pouvons pas mettre fin à cette guerre, nous ne pourrons pas organiser les élections en 2028 », a-t-il expliqué, précisant que les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu parmi les plus riches et peuplées devraient être sécurisées pour que le scrutin ait lieu. « Ce ne sera pas parce que j’ai refusé de les organiser », a-t-il ajouté, imputant la responsabilité de ce conflit au Rwanda, qu’il accuse d’avoir « imposé cette guerre » en déployant des milliers de soldats aux côtés du M23.
Un fragile accord de paix a été signé début décembre 2025 à Washington sous l’égide de du président américain Donald Trump, mais les combats persistent dans une région où de nombreux groupes armés opèrent comme proxys pour les belligérants.
Des enjeux économiques et géopolitiques
L’accord avec les États-Unis inclut une contrepartie économique : assurer l’approvisionnement de l’industrie américaine en minerais stratégiques, dont regorgent les sous-sols congolais. Félix Tshisekedi a révélé que les Américains exigeaient des réformes judiciaires, qui nécessiteraient une révision de la Constitution. « Ces réformes ne peuvent se faire sans réviser la Constitution », a-t-il justifié, tout en assurant qu’il ne « braderait jamais les richesses » de la RDC et qu’il n’avait accepté « aucun accord portant atteinte à la souveraineté » du pays.
Le président a défendu le partenariat avec les États-Unis, arguant qu’il permettrait de développer la transformation locale des minerais, ainsi que d’autres secteurs économiques, les infrastructures et les forces armées.
Fin avril 2026, les États-Unis ont sanctionné Joseph Kabila, prédécesseur de Tshisekedi (président de 2001 à 2019), l’accusant de chercher à « déstabiliser le gouvernement congolais » et de financer le M23. Interrogé sur d’éventuelles contreparties financières liées à l’accueil de migrants expulsés des États-Unis en RDC, Félix Tshisekedi a nié toute transaction.
Dès sa réélection en 2023, Félix Tshisekedi avait commencé à aborder l’idée d’une révision constitutionnelle, bien que l'opposition estime que cette mesure est « opposée aux attentes de la population ». « Qu’est-ce qui nous interdit de nous pencher dessus ? », a-t-il demandé mercredi, tout en niant tout lien entre cette révision et un éventuel troisième mandat.
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