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Dakar : Francis Kéré signe un Goethe-Institut durable, enraciné dans les savoirs africains

L'architecte Francis Kere, reçoit un Crystal Award à Davos, en Suisse, le 7 février 2020.   -  
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Sénégal

À Dakar, un imposant baobab trône au cœur d’un édifice qui se veut autant manifeste architectural que lieu de vie. Conçu par Francis Kéré, le nouveau siège du Goethe-Institut incarne une vision singulière : celle d’une architecture durable, profondément ancrée dans les réalités africaines.

Fidèle à ses principes, l’architecte, seul Africain distingué par le prestigieux prix Pritzker, privilégie des matériaux simples et disponibles localement. Les briques d’argile rouge, issues d’Afrique de l’Ouest, composent des murs perforés qui favorisent une ventilation naturelle, limitant le recours à la climatisation. Le bâtiment, estimé à près de 4 millions de dollars, repose ainsi sur un système passif de régulation thermique, en adéquation avec le climat tropical.

Au centre de la structure, le baobab n’est pas un simple élément paysager : il constitue l’axe autour duquel s’organisent les espaces. Symbole fort en Afrique de l’Ouest, cet « arbre à palabres » incarne un lieu de rassemblement et de dialogue. « Toutes les fonctions du bâtiment s’articuleront autour de ce baobab », souligne Francis Kéré, revendiquant une architecture qui fait sens autant qu’elle fait forme.

Une philosophie forgée à Gando

Originaire du village de Gando, au Burkina Faso, Francis Kéré a bâti sa démarche sur l’expérience et la nécessité. Son premier projet, une école primaire destinée à pallier le manque d’infrastructures, utilisait déjà des briques de terre stabilisée et un ingénieux système de toiture surélevée pour protéger de la chaleur et des pluies. Plus de vingt ans plus tard, ces principes demeurent au cœur de ses réalisations.

Installé en Allemagne après une formation en menuiserie puis en architecture, il dirige aujourd’hui le cabinet Kéré Architecture, dont les projets s’étendent désormais bien au-delà du continent africain. Pourtant, l’architecte insiste : chaque construction doit dialoguer avec son environnement. « Dans la mesure du possible, je recherche des matériaux disponibles localement », explique-t-il, évoquant notamment l’usage inédit de roches rouges à Las Vegas pour un futur musée.

Contre les idées reçues sur les matériaux

Francis Kéré déplore la persistance d’un imaginaire urbain dominé par le béton et le verre, reléguant des matériaux comme l’argile à des constructions jugées précaires. Une vision qu’il conteste fermement, plaidant pour une réhabilitation des techniques vernaculaires dans les villes contemporaines.

Son approche repose aussi sur une réflexion environnementale pragmatique : réduire l’empreinte carbone en choisissant les ressources les plus adaptées. « Si un matériau génère trop d’émissions, je passe simplement à un autre », affirme-t-il, revendiquant une liberté créative nourrie par les contraintes.

Une œuvre globale, entre Afrique et monde

Si Dakar illustre parfaitement cette philosophie, les projets de Francis Kéré se multiplient à l’international. Au Bénin, il travaille sur le futur bâtiment de l’Assemblée nationale, inspiré lui aussi de l’arbre à palabres. Au Burkina Faso, il a récemment achevé un mausolée dédié à Thomas Sankara et poursuit la construction d’écoles malgré un contexte sécuritaire dégradé.

Plus loin encore, à Las Vegas et à Rio de Janeiro, ses projets témoignent d’une reconnaissance mondiale. Au Brésil, il signe notamment la « Biblioteca dos Saberes », pensée comme un « temple du savoir ».

Malgré cette expansion, Francis Kéré affirme une priorité : ne pas se détourner de l’Afrique. « C’est ici que j’ai commencé, et c’est ici que je sens qu’on a le plus besoin de moi », confie-t-il.

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