Suisse
De 1948 au début des années 90 en Afrique du Sud, sévit le violent régime de l’Apartheid, sous lequel les Noirs subissaient de la ségrégation institutionnalisée par des lois, des politiques et des pratiques discriminatoires.
Le film « Laundry » de la réalisatrice sud-africaine Zamo Mkwhanazi, nous plonge en 1968, dans un quartier réservé aux Blancs de la ville de Johannesburg, où la famille de Khutala, le héros, tient une blanchisserie alors que le régime sévit contre les entreprises appartenant aux Noirs.
« Ce film s'inspire d'une histoire qui est arrivée à la famille de ma mère. Ces événements se sont déroulés à la fin des années 50, mais le film se déroule à la fin des années 60, car c'était une période très intéressante en termes de reprise de la lutte après l'emprisonnement des leaders. Toute résistance avait été détruite, c'était donc une période où personne ne se battait vraiment pour les Noirs. », a déclaré la réalisatrice.
"Laundry", ou la blanchisserie en Français, marque par la brutalité de son propos et de son contexte historique mais envoûte grâce à la beauté et au jeu nuancé de ses acteurs. « Je suis une réalisatrice qui aime le travail collaboratif, je suis toujours intéressé par les idées des acteurs, et je pense que c'est particulièrement vrai avec mon acteur principal. Il a travaillé très dur et posé beaucoup de questions avant même que nous arrivions sur le plateau, j'étais donc très impatient de voir ce qu'il allait faire. », a-t-elle ajouté.
La photographie de Gabriel Lobos coordonne lumière et cadres pour accentuer la puissance des émotions véhiculées. Pour Zamo Mkhwanazi, la réalisatrice, il est primordial pour les Sud-africains de voir que des activistes penseurs réalisateurs continuent à faire entendre la vérité et que ces crimes soient reconnus. Ce film est un acte contre l’impunité : « Le débat sur les réparations, la restitution et la redistribution des richesses en Afrique du Sud est complètement au point mort, il est totalement ignoré et nous faisons comme si tout le monde devait simplement continuer à vivre sa vie, mais on nous a volé. Ne pas avoir cette conversation revient à perpétuer l'injustice et à laisser la porte ouverte à davantage d'injustice. », a-t-elle indiqué.
Un rappel historique nécessaire
À l'heure où les descendants d'Afrikaaners se disent discriminés en Afrique du Sud, et que le président américain Donald Trump qui propage ces allégations les accueille aux États-Unis avec un statut de réfugié, le film de Zamo Mkhwanazi fait un rappel historique nécessaire. Interrogée sur la question, la réalisatrice répond : « Pour moi, ces gens sont néerlandais, ce ne sont pas des Africains, donc ce nom est en fait une insulte aux Africains à mon avis, qu'ils puissent s'appeler comme notre continent entier alors qu'ils nous détestent vraiment, c'est une sorte d'usurpation d'identité au plus haut niveau, donc à propos des Néerlandais qui veulent aller en Amérique, je trouve formidable qu'il n'y ait personne en Afrique du Sud, avec un minimum de bon sens, qui les prenne ne serait-ce qu'un tout petit peu au sérieux, et pour être tout à fait honnête, nous sommes plutôt contents qu'ils partent. J'aimerais qu'ils retournent en Europe, car c'est leur continent d'origine, au lieu d'aller sur une terre volée à quelqu'un d'autre, mais je suppose que les gens qui sont accros à l'injustice ne trouveront jamais le chemin du retour.
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a récemment déclaré au New York Times que son homologue américain Donald Trump est « vraiment mal informé » lorsqu'il diffuse des allégations de « génocide blanc » en Afrique du Sud. "Laundry" sortira en salle en septembre, mais a déjà pu être projeté au festival du film de Joburg organisé du 3 au 8 mars 2026 en Afrique du Sud. Les Sud-africains présents ont accueillis le film très chaleureusement : « Je viens de rentrer du festival du film de Joburg où nous devions projeter le film deux fois, mais les places se sont vendues si vite que nous avons dû ajouter une troisième projection qui s'est vendue encore plus rapidement en une demi-heure. Il y a donc eu un très bon accueil en Afrique du Sud, car les gens connaissent la vérité. Nous en avons besoin en tant qu'êtres humains, dans un monde plein de mensonges, où les plateformes les plus puissantes se consacrent à réécrire l'histoire afin de continuer à créer davantage d'injustice dans le monde. C'est rafraîchissant de voir que non, nous n'allons pas accepter vos mensonges, de voir que non, nous n'allons pas cesser de réclamer justice. Je pense que c'est quelque chose qui a été mis de côté en Afrique du Sud, et les gens sont heureux de voir qu'il y a encore des personnes qui s'en soucient, qui n'ont pas oublié leur douleur et qui déploient d'énormes efforts pour que leurs histoires soient racontées. »
Espace d’échanges entre public, cinéastes, journalistes et activistes, le Festival International du Film et Forum sur les Droits de l’Homme de Genève présente cette année des courts et longs métrages de fiction et documentaires, qui interrogent les dérives autoritaires ou internationales. Il met aussi en lumière les luttes collectives. Le film Laundry de la réalisatrice Zamo Mkwhanazi fait partie des films en compétition pour l’édition 2026 sous le thème entre résistance et révolte, le pouvoir des images.
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