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Inspire Middle East : Bahreïn fête le jazz, Garou à Dubaï

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Dans ce nouveau numéro d’Inspire Middle East, Rebecca McLaughlin-Duane nous invite cette semaine à des rencontres musicales : elle a interviewé Garou, l’un des plus grands chanteurs canadiens, qui se produit pour la première fois aux Emirats Arabes Unis. L’artiste charismatique, à la voix rocailleuse, y est venu dans le cadre de sa tournée qui couronne 20 ans de carrière.

Mais tout d’abord, direction Bahreïn, où le jazz séduit de plus en plus les jeunes. Salim Essaid s’est rendu à Manama pour voir comment la musique du monde arabe fusionne avec le swing et le funk, pour donner vie au jazz manouche bahreïnien.

Dans une salle de répétition, quelques notes résonnent : c’est le son du jazz manouche, qui puise ses racines aux Etats-Unis, et naît à Paris dans les années 1930.

Le musicien bahreïnien Mohammed Rachid y ajoute sa touche personnelle, avec des mélodies classiques du Moyen-Orient, pour produire un nouveau son. “C’est une bonne idée”, explique Mohammed Rachid, “parce que personne ne l’a fait jusqu‘à présent, et j’ai voulu introduire le jazz manouche ici, et inversement, apporter notre musique, au côté occidental”.

Par le biais du son profond du oud, une sorte de guitare à treize cordes de forme oblongue, mais aussi d’autres instruments, Mohammed s’est adonné à ce style singulier il y a tout juste un an. Il se produit dans le cadre de la deuxième édition du Bahrain Jazz Festival, face à un public qui, ces dernières années, a été séduit par ce courant musical, né à la Nouvelle-Orléans il y a près de cent ans.

Si cet événement musical est plutôt récent, Bahreïn organise depuis presque 27 ans un Festival international de musique, qui inspire les artistes locaux, comme Osiris, le premier groupe de rock progressif qui a vu le jour à Bahreïn, dans les années 1980. Une formation dont les albums mêlent rythmes traditionnels et sons rock.

Il y a eu aussi Ali Bahar, connu sous le nom du “Bob Marley du Golfe”; il a entrelacé rock, reggae et musique locale à la fin des années 1980, avec son groupe “Al Ikhwa”, ou “les frères”.

Ces dernières années, les Bahreïniens se sont davantage intéressés au jazz, par le biais d’artistes comme Amy Winehouse et Michael Bublé qui ont fait revivre ce style, auprès des jeunes.

“Il y a quelques années, le jazz n’existait presque pas à Bahreïn”, note Faisal al Shammaly, professeur de danse, “et depuis deux ans, la scène jazz a commencé à émerger.”

“Les Bahreïniens sont romantiques et le jazz a cette touche très agréable”, souligne Aysha Mutaywea, avocate. “Je pense que ça va marcher, c’est juste une question de temps.”

“Je suis venu de Dubaï exprès pour ce festival”, précise Amir al Sobky, artiste spécialisé dans les effets lumineux. “Je viens toujours à Bahreïn pour des événements musicaux, parce que je pense que c’est la scène la plus riche au Moyen-Orient.”

Une édition où l’on retrouve des stars internationales du jazz, comme la chanteuse et guitariste serbe Ana Popovic, connue pour son blues.

Cette année, le festival met aussi à l’honneur les talents locaux, comme le groupe Likwid, et son chanteur Ahmed Al Qasim. Il a troqué son métier de banquier, qu’il a exercé pendant neuf ans, pour la scène en 2014. Depuis, il se produit dans des festivals, au Caire, ou encore à Riyad, qui a accueilli le premier festival saoudien de jazz, en début d’année, ainsi qu‘à Bahreïn.

“C’est vraiment une scène en plein boom”, explique Ahmed al Qasim, “de plus en plus de musiciens locaux se lancent dans le jazz, et le public répond aussi de plus en plus présent. Donc ça nous motive, et cela encourage les autres musiciens, habitués à d’autres styles, à Bahreïn, à s’intéresser davantage au jazz”. Ahmed prévoit de sortir son premier album solo, dans lequel il compte expérimenter le scat, ce chant qui utilise des onomatopées, et non des paroles. Un style contemporain, qui lui est propre.

Originaire du Québec, la star francophone a commencé la guitare à l‘âge de trois ans, avant de se tourner vers le piano et la trompette. Aujourd’hui, ses ballades, ses airs rock ou pop sont couronnés de disque de platines. Il figure parmi les artistes ayant vendu le plus d’albums, en Europe et au Canada.

Garou rêvait depuis des années de se produire au Moyen-Orient, un rêve qu’il a réalisé dans le cadre de la tournée mondiale qui fête ses 20 ans de carrière musicale.

Le chanteur de 46 ans est venu rencontrer ses fans, avant d’interpréter des titres de blues pour le public des Émirats Arabes Unis, mais aussi des tubes comme “Belle”, issus de la comédie musicale “Notre-Dame de Paris”.

Son premier album, “Seul”, sorti en 2001, reste l’un des albums en français les plus vendus de tous les temps. La star est également connue pour son duo “Sous le Vent”, réalisé avec sa compatriote Céline Dion. Garou dit aussi rêver d’une collaboration avec l’ancien membre des Beatles, Paul McCartney. Avant son concert, entre deux balances, et non loin des dunes, Garou a pris le temps de nous parler de sa vie, de ses amours et de ses projets.

Rebecca McLaughlin-Duane : là, vous allez interpréter certains de vos tubes, mais aussi de nouveaux morceaux, et des titres d’autres artistes. Pensez-vous que c’est un risque et que vos fans pourraient avoir envie d’entendre uniquement ce qu’ils connaissent déjà ?

Garou – Je sais, j’appréhende un peu, parce que je suis en train de réinventer certaines chansons. Il y a un medley de Ray Charles que j’ai intégré au spectacle. Et je mêle aussi dans mes chansons des airs de nouveaux groupes comme X Ambassadors et Goo Goo Dolls, je fais des sortes de mashups, ce sera quelque chose de très festif, qui célèbre la musique, ce sera très amusant.

Pour l’instant, vous n’avez pas encore intégré de rythmes arabes dans votre musique. Vous y songez ?

- La meilleure façon pour que les gens se comprennent, pour moi, c’est de célébrer la musique. Donc la meilleure façon d’y parvenir, ce serait de faire un album avec des artistes arabes.

Le rôle qui vous a vraiment mis sous le feu des projecteurs, c‘était en 1997 quand vous avez joué Quasimodo dans Notre-Dame de Paris. Avez-vous envie de retourner sur scène ou même de reprendre ce rôle ?

- Il y a une nouvelle production de Notre-Dame de Paris, mais je ne me verrais plus faire ce spectacle. Je me vois plutôt faire de la mise en scène. J’ai participé à “The Voice” dans deux pays, en tant que coach, alors je pense que je suis de plus en plus à l’aise pour travailler avec d’autres artistes, les guider, les soutenir.

Pour revenir à The Voice, quelles sont les qualités que vous recherchez chez les jeunes talents? Une voix aussi unique que la vôtre ou autre chose ?

- “Est-ce que c’est bien, ou pas ? Est-ce que ça me touche, ou pas ?” C’est la part de mystère de tout ça, et c’est ce qui en fait la magie. De disséquer et d’essayer de comprendre complètement l’alchimie qui vous saisit dans la musique.

Vous dites être un bourreau de travail, mais aussi que vous n‘êtes pas guidé par l’ambition et que vous n‘êtes pas à l’aise avec tout ce qu’induit la gloire et la célébrité . Comment expliquez-vous votre succès ?

- J’essaie de m’extraire de la célébrité, d’une certaine façon, en étant un bourreau de travail dans d’autres environnements. Tout l‘été, j’ai travaillé sur mes terres, dans la forêt, avec ma camionnette, pour construire une route là-bas. J’adore terminer une journée en ayant l’impression d’avoir fait quelque chose et d’avoir apporté ma pierre à l‘édifice.

Vous nourrissez une grande passion, c’est de faire de la musique. Mais est-ce vrai que vous n’aimez pas vous écouter ?

- Si j’ai le choix entre écouter ma musique – je la connais déjà – et celle d’autres artistes, je préfère la deuxième option, bien sûr. La seule émission que je suivait avec attention, c‘était “The Voice”, pour voir les talents qui arrivent dans mon équipe et dans celles des autres, et je voulais les analyser. Mais je déteste faire ma propre analyse.

Il y a des années, vous avez décrit votre vie comme une tempête, vous disiez être au milieu d’une tornade. Mais à côté de cela, il y a maintenant l’apaisement, l’amour, une maison. Où en êtes-vous aujourd’hui?

- J’ai une maison au bord d’un lac, au Canada. La tempête est maintenant loin, je crois. Donc, la sphère calme et tranquille s’est étoffée. C’est l’amour, la famille, l’amitié, les grands projets qui vous apaisent. Donc, je ne suis plus dans la tempête. Les tempêtes, je les connais et quand j’en vois une arriver, je n’ai plus peur.

Quel est votre projet à long terme ? De vous retirer au Québec, au milieu des lacs ?

- Mais c’est bien plus que ça! J’ai beaucoup de projets là-bas. Il y a quelques semaines, j’ai fait un tournage dans une grange que j’ai rénovée, j’y suis venu avec mes musiciens. J’aimerais beaucoup y accueillir des invités de marque, qui viennent jouer de la musique avec moi dans cet endroit si particulier.

Vous êtes un Canadien francophone et fier de l‘être. Mais vous aimez aussi chanter en anglais. Quelle langue vous offre la plus grande liberté d’expression sur le plan créatif et artistique ?

- J’aime le mélange des deux. J’aime aussi mêler les deux dans une même chanson. C’est drôle. Pour moi, l’anglais est plus facile à chanter sur le phrasé. Et le français m’intéresse pour les mots, pour son vocabulaire si riche, plus que pour les phrases. Ce sont donc deux cheminements différents.

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