Travail agricole
Le comté de Nyeri, situé dans la région centrale du Kenya, a toujours été considéré comme le grenier du pays. Mais ça, c’était avant. Les changements climatiques perturbent désormais l’agriculture, provoquant des pertes répétées qui plongent les agriculteurs dans le stress.
Joséphine Kihu est productrice de café depuis trois décennies. Une activité tributaire de cycles saisonniers qui influencent la floraison et la récolte, mais elle estime que ces cycles sont devenus de plus en plus imprévisibles. En ce moment, elle a besoin de plus de pluie qui se font malheureusement rares.
''Avant, nous n'arrosions jamais nos jeunes plants, car les pluies étaient abondantes et suffisantes, mais à partir d'aujourd'hui… Regardez, vous voyez bien qu'il pleut. Est-ce vraiment de la pluie ? C’est juste une bruine. Ça ne suffit pas pour les caféiers. On est donc obligés d’embaucher quelqu’un pour les arroser.'' , raconte cette agricultrice de 59 ans.
À Kiawara, dans le sous-comté de Kieni, Charles Ndung’u élève du bétail depuis plus de deux décennies. Il redoute aussi déjà les conséquences du climat sur son activité.
''Nous avons déjà semé, car on nous avait dit que les pluies arriveraient en juillet. Nous avons préparé nos terres, nous avons semé des haricots et nous ne savons pas si tout va pousser, car nous avons semé en août. Les graines sont en terre et nous ne savons pas si elles vont germer. Nous ne savons pas, nous attendons de voir si les pluies vont se poursuivre. Si les cultures ne poussent pas, ce sera encore plus de stress. Nous n’avons pas d’argent.'', explique-t-il.
Les conditions météorologiques imprévisibles ont affecté le bien-être mental des agriculteurs. Kahindo Gacago est psychologue clinicien elle estime qu’environ 30 % de la clientèle annuelle est composée d’agriculteurs confrontés à des troubles de santé mentale liés à des pertes agricoles répétées.
''Ces maladies mentales, c’est un problème multifactoriel, mais là encore, on constate des pertes chroniques persistantes, des pertes cumulées, ainsi que le stress chronique lié au fait de devoir sans cesse planifier pour savoir quoi faire à tel moment ou à tel autre, et surtout quand on a l’impression d’avoir perdu le contrôle, car un élément comme la météo échappe à notre contrôle.'', indique ce professionnel de santé.
Aussi exhorte-t-il les décideurs politiques à intégrer le bien-être mental dans les programmes de soutien aux agriculteurs, à promouvoir une agriculture adaptée au climat et à améliorer l’accès à l’irrigation.
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