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Kenya : les Quakers se réinventent pour séduire une nouvelle génération

Kenya : les Quakers se réinventent pour séduire une nouvelle génération
Des fidèles sortent de l'église Friends Church Cheptulu à Kaimosi, au Kenya, après un office, dimanche 20 septembre 2026. (PhoSunday, Sept. 20, 2026. (AP Photo/Jackson Njehia)   -  
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Kenya

Des claviers donnent le rythme, les fidèles chantent, applaudissent et dansent. À Cheptulu, dans l’ouest du Kenya, l’atmosphère d’un office quaker peut surprendre ceux qui associent cette confession au silence et au recueillement.

Car si la Société religieuse des Amis, plus connue sous le nom de Quakers, est née en Angleterre au XVIIe siècle autour d’une pratique religieuse sobre, son histoire a pris une trajectoire différente au Kenya.

Dans le culte quaker traditionnel dit « non programmé », il n’y a généralement ni sermon ni musique prévus. Les fidèles se réunissent dans le silence et prennent la parole lorsqu’ils se sentent appelés à le faire.

Une histoire vieille de plus d’un siècle au Kenya

Le quakerisme s’implante au Kenya en 1902 avec l’arrivée de missionnaires américains dans l’ouest du pays. Ceux-ci introduisent une forme plus évangélique de la religion, intégrant notamment des cantiques et des prêches organisés.

Les missionnaires participent également à la création d’écoles, d’établissements médicaux et de centres de formation théologique, contribuant à inscrire durablement le mouvement dans la société kenyane.

Le Kenya abrite aujourd’hui la plus importante communauté quaker au monde. Sur environ 400 000 Quakers à travers le monde, près de la moitié vivraient en Afrique, avec une forte concentration au Kenya.

Kaimosi, où les premiers missionnaires américains avaient établi leur base, demeure l’un des principaux centres du quakerisme kenyan. Le Friends Theological College y forme aujourd’hui plus de 400 étudiants, sur place et à distance, notamment des pasteurs et responsables religieux.

Faire revenir les jeunes dans les églises

Plus d’un siècle après l’arrivée des premiers missionnaires, les pratiques continuent d’évoluer.

À la Friends Church de Cheptulu, la musique occupe désormais une place centrale. Derrière cette transformation, une préoccupation très concrète : l’éloignement d’une partie des jeunes, davantage attirés par des Églises proposant des célébrations plus dynamiques.

Catherine Ikalakala, quaker depuis près de 50 ans, se souvient de cette période.

« Avant, les jeunes ne venaient pas à l'église. Ils nous voyaient, nous les femmes, chanter au ralenti alors que les autres églises proposaient une musique plus rythmée. Nous avons donc compris qu’ils avaient déserté l’église à cause de la musique », raconte-t-elle.

Claviers, chants plus rythmés et participation accrue des jeunes ont donc progressivement trouvé leur place dans les offices.

Pour le pasteur Kennedy Shiverenje, cette évolution est nécessaire pour permettre à l’Église de rester en phase avec son époque.

« Nous devons nous adapter au contexte », explique-t-il, soulignant la nécessité d’attirer les jeunes tout en redonnant de l’énergie aux fidèles plus âgés.

Une évolution qui bouscule les anciens

Mais cette modernisation ne fait pas l’unanimité.

Thomas Amalemba, 90 ans, a grandi dans une tradition quaker beaucoup plus sobre. Ancien employé de la Friends Africa Mission, il a également consacré du temps à enregistrer d’anciens chants et à mettre par écrit ses souvenirs.

Face à l’évolution des célébrations, il reconnaît le malaise ressenti par certains fidèles de sa génération.

« Pour les personnes âgées, même lorsque nous allons à un office religieux, nous nous sentons mal à l’aise là-bas », confie-t-il.

La transformation dépasse d’ailleurs la seule question de la musique. De nombreuses églises quakers kenyanes pratiquent désormais un « culte programmé », avec lectures bibliques, sermon, cantiques et présence d’un pasteur chargé de guider la congrégation.

Une organisation très différente du culte silencieux et non programmé qui demeure pratiqué par d’autres communautés quakers à travers le monde.

Préserver la mémoire tout en évoluant

Parallèlement à cette modernisation, un travail est mené pour préserver l’histoire du mouvement au Kenya.

Les archives du Friends Theological College rassemblent notamment les comptes rendus des premières réunions, des témoignages de membres plus âgés ainsi que des documents utilisés par les premières générations de Quakers kenyans. Une ancienne Bible en maragoli, langue parlée dans l’ouest du pays, y est également conservée.

Ce travail de mémoire devient d’autant plus important que les nouvelles générations ont de moins en moins de liens directs avec celles qui ont connu les premiers missionnaires.

Au-delà de ses activités religieuses, le mouvement quaker kenyan reste également engagé dans la promotion de la paix. Des responsables issus du Friends Theological College ont participé à des initiatives de consolidation de la paix au Rwanda, au Burundi et en République démocratique du Congo.

À Cheptulu comme ailleurs, l’enjeu est désormais de trouver un équilibre : préserver une histoire vieille de plus d’un siècle tout en permettant aux pratiques d’évoluer avec les nouvelles générations.

Une transformation qui se joue jusque dans la musique : entre les hymnes des anciens et les rythmes des plus jeunes, les Quakers kenyans cherchent à faire vivre leur héritage sans le figer dans le passé.