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RDC : À Beni, les familles pygmées déplacées survivent loin de leur forêt

Des enfants prennent leur repas sous un arbre à Beni, dans l'est du Congo. le 4 juin 2018   -  
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République démocratique du Congo

À Boikene, dans le nord de la ville de Beni, à l'est de la République démocratique du Congo, les nuits sont longues. Sous des abris de fortune, des familles de la communauté autochtone pygmée tentent de trouver le sommeil à même le sol.

Ici, pas de véritables maisons, peu de couvertures et presque aucune protection contre les intempéries.

Ces familles ont fui leur milieu de vie depuis mai 2026, après des attaques attribuées aux Forces démocratiques alliées (ADF) dans la région de Ndandi. Elles ont laissé derrière elles leurs maisons, leurs champs et surtout leur forêt, qui occupait une place centrale dans leur quotidien.

Pour ces familles, la forêt n’était pas seulement un lieu d’habitation. Elle constituait aussi une source de nourriture et de revenus, à travers la chasse, la cueillette et d’autres activités traditionnelles.

"Nous passons la nuit dans de très mauvaises conditions. Nous n’avons pas de toit, nous dormons à même le sol, sans couverture ni aucune protection", témoigne Apolline Apusome, une déplacée pygmée.

Le départ s’est fait dans la peur et l’urgence. Les violences ont contraint ces familles à abandonner la forêt, parfois sans pouvoir emporter leurs biens. Certains racontent avoir été témoins de meurtres et d’enlèvements.

Paul Nguka, lui aussi déplacé, raconte : "Nous avons fui la forêt parce que cette guerre nous y a contraints. Les assaillants tuaient certaines personnes et en emmenaient d’autres dans la forêt. Nous ne pouvions plus y rester".

De nombreux besoins

Depuis leur arrivée sur le site, les familles tentent de s’adapter à une vie qui leur est étrangère. Les ressources manquent et les besoins sont nombreux : nourriture, vêtements, abris, eau potable et accès aux soins.

Pour une communauté déjà confrontée à la marginalisation, le déplacement forcé accentue encore la vulnérabilité. Loin de leur environnement habituel, ces familles ont perdu une partie de leurs moyens de subsistance et dépendent désormais largement de l’aide extérieure.

Pour John Mangese, le traumatisme des violences reste profondément présent. Il affirme avoir été témoin de plusieurs meurtres avant de fuir.

"Ils avaient tué plusieurs personnes sous mes yeux. Ils nous avaient capturés alors que Nzanzu Mangese était encore sur place… Nous demandons simplement la paix pour que, nous, les premiers habitants, puissions retourner dans nos forêts et retrouver notre vie d’avant, parce que nous souffrons énormément", raconte-t-il.

Dans le camp, la précarité inquiète également les défenseurs des droits humains. Ils demandent une réponse humanitaire plus importante en faveur de ces familles, particulièrement vulnérables dans un contexte sécuritaire et sanitaire déjà difficile.

Des conditions de vie "inhumaines"

La situation est d’autant plus préoccupante que la région de Beni fait face à une épidémie d’Ebola. L’accès aux soins et aux services essentiels constitue un défi supplémentaire pour des personnes qui vivent déjà dans des conditions extrêmement difficiles.

Jereve Maneno, activiste de la LUCHA, un mouvement citoyen, dénonce des conditions de vie qu’il qualifie d’"inhumaines".

"Ce qui se passe dans ce camp, c’est vraiment inhumain et il faut que ça cesse parce que c’est vraiment horrible. Ils passent une vie pénible, ils vivent sans toit. Nous appelons la communauté internationale à agir face à ce fléau qui se passe dans notre pays", déclare-t-il.

À Boikene, l’avenir reste incertain. Ces familles ne savent pas quand elles pourront retrouver leurs terres ni si elles pourront un jour reprendre la vie qu’elles menaient avant les violences.

Selon les responsables du site, au moins cinq décès ont déjà été enregistrés parmi les déplacés depuis leur installation, dans un contexte marqué par le manque de moyens et des conditions de vie particulièrement précaires.

Pour ces familles, le déplacement n’est donc pas seulement une perte de logement. C’est aussi une rupture avec un territoire, une forêt et un mode de vie transmis de génération en génération.

En attendant un retour à la paix, elles restent à Boikene, dans des abris de fortune, avec le même espoir : pouvoir un jour rentrer chez elles et retrouver leur forêt.

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