Afrique du Sud
À peine plus grande qu’un ongle, la micro-grenouille sud-africaine vit dans une zone humide protégée au milieu de l’hippodrome de Kenilworth. Ce fragile refuge urbain abrite une biodiversité exceptionnelle que le public ne peut découvrir que deux soirs par an.
Au cœur du Cap, en Afrique du Sud, un étonnant refuge pour la faune se cache là où personne ne s’attendrait à le trouver : entre les pistes de l’hippodrome de Kenilworth.
De jour, le site accueille des courses hippiques, comme il le fait depuis le début des années 1880. Mais à la nuit tombée, la zone humide située au centre et autour de la piste s’anime au son des amphibiens, des oiseaux et d’une multitude d’autres animaux.
Deux fois chaque hiver, des défenseurs de la nature y organisent des promenades nocturnes. Ces rares visites guidées permettent aux habitants du Cap de découvrir une biodiversité méconnue, à quelques kilomètres seulement du centre-ville.
Une grenouille unique au monde
Vedette de ces excursions au crépuscule, la micro-grenouille sud-africaine (Microbatrachella capensis) est si petite qu’elle peut facilement passer inaperçue. Elle mesure à peine la taille d’un ongle.
Aussi appelée grenouille des Cape Flats, cette espèce menacée ne vit que dans quelques zones humides de la région. Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, sa population continue de diminuer.
« La micro-grenouille est une espèce tout à fait unique. C’est la plus petite grenouille d’Afrique du Sud, mais elle n’a aussi aucune espèce sœur », explique J. Alex Nieto Lawrence, herpétologue au sein de l’organisation Anura Africa.
« C’est la seule espèce de son genre, ce qui la rend incroyablement unique et véritablement irremplaçable. »
Cette particularité rend sa disparition potentielle encore plus préoccupante. Contrairement à d’autres amphibiens, aucune espèce proche ne pourrait remplir le même rôle dans son écosystème.
En hiver, les mâles sortent de leur période d’hibernation et émettent des appels afin d’être localisés par les femelles. Le reste de l’année, ces minuscules grenouilles demeurent cachées.
Un exceptionnel réservoir de biodiversité
La zone de conservation de l’hippodrome de Kenilworth s’étend sur 52 hectares. Malgré sa superficie limitée et son environnement urbain, elle abrite une remarquable diversité animale.
« C’est sans doute le petit site le plus important de tout Le Cap, compte tenu de sa biodiversité », estime Braden Ingram, responsable de la formation chez Nature Connect.
Selon lui, la réserve accueille environ 11 espèces d’amphibiens, 27 espèces de mammifères ainsi qu’entre 100 et 110 espèces d’oiseaux.
La micro-grenouille partage cet habitat avec la grenouille des sables du Cap, l’araignée-babouin, le scorpion fouisseur du Cap et le caméléon nain du Cap.
Cette richesse reste pourtant largement inconnue des habitants, qui associent avant tout Kenilworth aux courses hippiques.
Une parenthèse de nature au milieu de la ville
Pour les participants, les promenades nocturnes offrent aussi l’occasion de rompre avec le rythme de la vie urbaine.
« Je cherche vraiment une excuse pour sortir et faire ce genre d’activité », confie Matthew van der Bijl, qui travaille dans le secteur des technologies.
« Au Cap, nous avons beaucoup de chance : en vingt minutes, on peut rejoindre un endroit comme celui-ci et déconnecter après une longue journée de travail. Je n’ai qu’à fermer mon ordinateur portable. »
La zone de conservation appartient à Race Coast, la société qui exploite l’hippodrome, et sa gestion est assurée par l’organisation Nature Connect.
Des démarches sont désormais en cours pour lui accorder officiellement le statut de réserve naturelle. Ce classement permettrait de renforcer la protection de la micro-grenouille et des nombreuses autres espèces présentes sur le site. Il pourrait également faciliter l’accès du public à ce remarquable îlot de nature sauvage, préservé en pleine ville.
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