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Nigeria : la spirale des violences propulse la faim à un niveau inédit depuis dix ans

Un médecin s'occupe d'un enfant souffrant de malnutrition à Yola, au Nigeria, le 3 mai 2015.   -  
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Nigéria

Le nord du Nigeria s'enfonce dans une crise humanitaire d'une ampleur inédite depuis une décennie. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a averti, jeudi, que l'extension des violences armées et la contraction de l'aide internationale faisaient exploser les besoins alimentaires, avec plus de 17 millions de personnes confrontées à des niveaux de faim qualifiés de « crise », « urgence » ou « catastrophe ».

Le pays le plus peuplé d'Afrique est confronté à une double menace sécuritaire. Depuis 2009, une insurrection jihadiste frappe le nord-est, principalement dans l'État de Borno, tandis que le nord-ouest est en proie aux exactions de bandes criminelles, localement appelées « bandits », responsables d'attaques contre des villages, de pillages et d'enlèvements contre rançon. Depuis 2025, les organisations humanitaires constatent une recrudescence des attaques ainsi qu'un élargissement de leur zone d'action.

« Ce qui nous préoccupe le plus, c'est l'extension de cette crise », souligne Kinday Samba, directeur régional du PAM pour l'Afrique de l'Ouest et centrale. Selon lui, la violence gagne des territoires toujours plus vastes, contraignant les habitants à abandonner leurs terres agricoles, provoquant de nouveaux déplacements de population et réduisant considérablement l'accès des acteurs humanitaires aux zones les plus touchées.

Les équipes du PAM constatent une détérioration rapide de la situation. « Dans l'ensemble du nord du Nigeria, nous observons une augmentation et une propagation des attaques insurgées et des violences. Les familles sont forcées de quitter leur foyer et il devient de plus en plus difficile pour le PAM d'atteindre les personnes qui ont un besoin urgent d'une aide alimentaire », explique Serigne Loum, directeur adjoint de l'agence onusienne au Nigeria.

L'État de Borno, épicentre historique de l'insurrection jihadiste, demeure la région la plus durement frappée. Plus de trois millions de personnes y souffrent désormais d'insécurité alimentaire aiguë, dont environ 10 000 connaissent une situation de « faim catastrophique », le niveau le plus grave établi par les classifications internationales.

Le PAM souligne également que l'insécurité compromet de plus en plus ses opérations. Le nombre de localités jugées inaccessibles ou partiellement accessibles a doublé, avec quinze nouvelles zones où les déplacements des équipes humanitaires sont fortement limités. Hors des principaux centres urbains, le contrôle de l'État reste très faible, laissant de vastes espaces ruraux sous l'influence de groupes armés.

Cette dégradation intervient alors que les capacités d'intervention des organisations humanitaires diminuent fortement. Les réductions des financements américains décidées sous la présidence de Donald Trump, auxquelles s'ajoutent celles engagées par plusieurs pays occidentaux, ont considérablement affaibli les programmes d'assistance au Nigeria. Confronté à un déficit budgétaire qualifié d'« extrême », le PAM prévoit de réduire de moitié le nombre de bénéficiaires de son aide alimentaire.

Lors de la période de soudure de 2025, l'agence des Nations unies avait distribué une aide alimentaire et nutritionnelle à 1,3 million de personnes. Cette année, elle n'anticipe de pouvoir secourir qu'un peu plus de 700 000 bénéficiaires. Dans le seul nord-est, où 6,2 millions de personnes sont désormais en situation d'insécurité alimentaire, seuls 740 000 habitants pourront recevoir une assistance, laissant près de 5,5 millions de personnes, en particulier des enfants, sans soutien alimentaire.

Le contexte économique accentue encore la vulnérabilité des ménages. En juin, le Fonds monétaire international a estimé que la pauvreté s'était aggravée sous la présidence de Bola Tinubu. Si les réformes économiques engagées sont jugées nécessaires par de nombreux économistes pour assainir les finances publiques, elles se sont accompagnées d'une forte inflation et d'une hausse du coût de la vie, réduisant encore le pouvoir d'achat des populations.

Sur le terrain, les témoignages illustrent l'ampleur de la détresse. Déplacée par les violences, Habiba raconte survivre avec sa famille en ne mangeant parfois qu'un repas tous les deux jours. « Certains jours, nous passons deux nuits sans manger. D'autres fois, nous n'avons qu'un seul repas. Quand les enfants ont faim en permanence, il est insupportable de les voir sans pouvoir les nourrir. C'est dans cette situation de privation totale que j'ai donné naissance à ce bébé », confie-t-elle.

Le PAM s'inquiète enfin des conséquences sécuritaires de cette aggravation de la faim. Faute d'alternative, certaines communautés signalent que des habitants rejoignent désormais des groupes armés dans l'espoir d'obtenir de la nourriture ou un revenu. Pour l'agence onusienne, cette dynamique illustre le cercle vicieux qui lie l'insécurité, la pauvreté et le conflit dans le nord du Nigeria, où la crise alimentaire risque désormais d'alimenter à son tour les violences.

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