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Ouganda : le mégaprojet de TotalEnergies au cœur des controverses

Le logo de TotalEnergies est photographié dans le quartier d'affaires de La Défense, à l'extérieur de Paris, mardi 7 septembre 2021.   -  
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Ouganda

Le projet Tilenga-EACOP s’impose comme l’un des investissements les plus ambitieux et les plus controversés de TotalEnergies en Afrique. Il associe l’exploitation des importantes réserves pétrolières découvertes dans l’ouest de l’Ouganda à la construction d’un immense oléoduc destiné à acheminer le brut jusqu’à la côte tanzanienne.

Prévu pour entrer en service en 2027, l’East African Crude Oil Pipeline (EACOP) reliera les champs pétroliers de Tilenga et de Kingfisher au port de Tanga, sur l’océan Indien. Long de 1 443 kilomètres, il deviendra le plus long oléoduc chauffé au monde.

Le projet repose sur l’exploitation de deux principaux gisements. À Tilenga, situé sur la rive nord-est du lac Albert, quelque 426 puits seront exploités par TotalEnergies pendant les vingt prochaines années. Plus au sud, sur le site de Kingfisher, une trentaine de puits sont opérés par la compagnie chinoise China National Offshore Oil Corporation, dont TotalEnergies est également partenaire.

Le pétrole ougandais étant particulièrement visqueux, il devra être maintenu à une température d’environ 50 °C tout au long de son transport. L’oléoduc devrait ainsi permettre l’exportation de jusqu’à 246 000 barils de brut par jour grâce à des infrastructures de stockage et de chargement aménagées à Tanga.

Selon le consortium chargé du projet, les travaux étaient réalisés à 84 % en mai dernier. TotalEnergies en détient 62 %, tandis que les compagnies pétrolières nationales ougandaise et tanzanienne possèdent chacune 15 % du capital. La CNOOC contrôle pour sa part 8 % du projet.

Une « bombe carbone » dénoncée par les ONG

Depuis son lancement, le projet suscite une forte mobilisation des organisations environnementales. Plusieurs ONG et experts du climat estiment que son impact climatique pourrait être considérable.

Le Climate Accountability Institute décrit ainsi Tilenga-EACOP comme une « bombe carbone », estimant que l’ensemble du projet pourrait générer jusqu’à 379 millions de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre au cours de son cycle de vie.

Les inquiétudes concernent également les conséquences locales de l’exploitation pétrolière. Une centaine de puits de Tilenga sont implantés dans le parc national de Murchison Falls National Park, la plus vaste aire protégée du pays. Les défenseurs de l’environnement redoutent des risques de pollution dans des écosystèmes particulièrement sensibles.

L’ONG Earth Insight souligne notamment que l’oléoduc traverse des zones humides, des cours d’eau, des réserves naturelles et plusieurs corridors de migration de la faune sauvage. Les infrastructures portuaires prévues en Tanzanie sont également situées à proximité de zones marines protégées.

TotalEnergies assure de son côté avoir mis en place des mesures strictes de prévention et de compensation environnementale, incluant la restauration de milliers d’hectares de forêts et de zones humides ainsi que des programmes destinés à préserver la biodiversité.

Déplacements de populations et contestations locales

Au-delà des préoccupations environnementales, le projet fait également l’objet de critiques concernant ses conséquences sociales.

Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, plus de 100 000 personnes ont été affectées par les acquisitions foncières nécessaires à la réalisation du projet. Des habitants dénoncent des procédures d’indemnisation insuffisantes ou trop lentes ainsi qu’un manque d’information sur les impacts du chantier.

TotalEnergies affirme pour sa part avoir indemnisé 99 % des ménages ayant dû être relogés et souligne que la majorité des propriétaires concernés retrouveront l’usage de leurs terres après la fin des travaux. Le groupe met également en avant la création de près de 80 000 emplois directs et indirects dans les deux pays.

Les opposants accusent toutefois les autorités ougandaises et tanzaniennes d’exercer des pressions sur les militants et les communautés critiques envers le projet, notamment à travers des arrestations et des restrictions à la liberté d’expression.

Une série de procédures judiciaires

Le projet Tilenga-EACOP est devenu l’un des principaux fronts judiciaires de la lutte climatique en Europe.

En France, plusieurs ONG et collectivités locales, dont Paris, ont engagé une action civile contre TotalEnergies afin d’obtenir un alignement plus strict de sa stratégie avec les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat.

D’autres procédures visent plus directement le projet est-africain. En 2019, plusieurs ONG avaient invoqué la loi française sur le devoir de vigilance pour dénoncer les risques environnementaux et sociaux liés à Tilenga-EACOP. Cette action a toutefois été rejetée en 2023 pour des raisons procédurales.

Une nouvelle plainte, portée par des organisations de défense des droits humains et des représentants de communautés ougandaises, accuse notamment le projet d’expropriations abusives, de dommages environnementaux et d’atteintes aux libertés fondamentales. Son examen est prévu en 2027.

Par ailleurs, TotalEnergies fait également l’objet d’une procédure pénale en France initiée par plusieurs ONG qui l’accusent de contribuer de manière significative aux dommages climatiques mondiaux.

Symbole des défis liés à la transition énergétique, Tilenga-EACOP illustre le difficile équilibre entre exploitation des ressources naturelles, développement économique et impératifs environnementaux dans une région où les enjeux énergétiques restent considérables.

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