Afrique du Sud
La filière céréalière sud-africaine subit de plein fouet les répercussions des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, qui perturbent fortement les flux énergétiques et agricoles mondiaux.
La quasi-fermeture du détroit d’Ormuz (passage stratégique reliant le golfe Persique au golfe d’Oman) perturbe un axe maritime par lequel transite environ un cinquième des exportations mondiales de pétrole et près d’un tiers du commerce mondial d’engrais.
Cette dégradation de la situation sécuritaire entraîne une flambée des coûts de production pour les agriculteurs sud-africains, à la fois sur l’énergie, notamment le diesel, et sur les intrants agricoles, en particulier les engrais. Ces deux composantes essentielles de la production céréalière voient leurs prix quasiment doubler selon plusieurs exploitants.
« Nous avons vu les prix du diesel doubler. Les prix des engrais ont quasiment doublé. Et si l’on additionne ces coûts par hectare, il est impossible de réaliser un bénéfice », témoigne un producteur.
Déjà sous pression avant la crise actuelle, le secteur faisait face à des prix mondiaux bas et à la concurrence d’importations bon marché issues de pays fortement subventionnés. La hausse des coûts aggrave encore une situation jugée structurellement fragile.
Selon les estimations du secteur agricole, la production nationale de blé pourrait reculer jusqu’à 6 % cette année. Dans certaines régions, des exploitations sont même mises en vente, un phénomène autrefois rare, signe d’une tension croissante sur la rentabilité des fermes.
Les économistes agricoles décrivent une conjonction défavorable : baisse des prix, hausse des coûts et instabilité géopolitique. Pour certains producteurs, cette combinaison constitue un point de rupture.
« De nombreuses exploitations sont soudainement mises sur le marché, alors qu’on n’en voyait pas auparavant dans certaines régions », observe un économiste agricole, qui évoque une situation de « tempête parfaite ».
Face à ces difficultés, les autorités sud-africaines envisagent des réponses structurelles. Le gouvernement souhaite développer des partenariats public-privé afin de produire davantage d’engrais localement, notamment via des entités publiques et des acteurs privés. Il entend également accélérer l’homologation d’alternatives biologiques aux intrants conventionnels.
Ces mesures, toutefois, ne produiront leurs effets qu’à moyen et long terme. À court terme, les producteurs de blé doivent composer avec une hausse brutale des coûts et un environnement international durablement instable, qui continue de fragiliser la filière céréalière.
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