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Afrique du Sud : Durban évacue des migrants craignant des violences xénophobes

La police évacue des migrants étrangers de l'église méthodiste centrale du Cap, en Afrique du Sud, le 2 avril 2020   -  
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Jaco Marais

Afrique du Sud

Les autorités sud-africaines ont procédé jeudi à l’évacuation de plusieurs centaines de migrants réfugiés dans un centre paroissial de Durban, grande métropole portuaire de l’est du pays, après une montée des intimidations et menaces visant les étrangers, notamment ceux en situation irrégulière.

Environ 400 personnes originaires de la République démocratique du Congo, du Rwanda, d’Éthiopie, de Somalie, du Burundi, d’Ouganda ou encore de Tanzanie ont été conduites en autocars vers un centre gouvernemental pour réfugiés. Beaucoup avaient trouvé refuge depuis plusieurs jours dans les locaux du Conseil des Églises Diakonia, au cœur de Durban, après des opérations de harcèlement menées dans plusieurs quartiers populaires.

Selon de nombreux témoignages recueillis sur place, des groupes hostiles auraient mené des campagnes de porte-à-porte enjoignant les étrangers à quitter le territoire avant le 30 juin, sous peine d’être attaqués. « Ils nous ont avertis que si nous ne partions pas d’ici la fin du mois, nous serions attaqués ou tués », a confié Miriamu Mokonzi, réfugiée congolaise venue avec ses deux enfants.

Lors de l’évacuation, des militants anti-immigration ont applaudi le départ des migrants en scandant « Dehors ! ». Certains occupants des bus ont alors brandi leurs papiers d’identité contre les vitres afin de démontrer la régularité de leur situation administrative.

La campagne actuelle est portée notamment par le mouvement « March and March », dirigé par Jacinta Ngobese-Zuma. Ce groupe, dont les membres paradent parfois en tenues traditionnelles zouloues armés de bâtons et de boucliers, accuse les migrants d’alimenter criminalité et chômage. Sa dirigeante affirme rejeter la violence tout en exigeant le départ des étrangers sans papiers.

Dans ce contexte, plusieurs migrants décrivent un quotidien devenu invivable. Owen Diego Basila, cordonnier étranger installé à Durban, explique avoir été chassé de son lieu de travail par des militants nationalistes : il dit désormais ne plus pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. Ruben Lwifela, qui a grandi en Afrique du Sud, raconte quant à lui être régulièrement sommé de « rentrer chez lui », alors même qu’il considère le pays comme sa seule patrie.

Durban demeure l’un des principaux foyers des violences xénophobes en Afrique du Sud. Depuis 2008, le pays connaît des flambées récurrentes d’attaques contre les migrants africains, souvent nourries par les difficultés économiques et les tensions sociales. La vague la plus meurtrière, en 2008, avait causé la mort de 62 personnes et déplacé des milliers d’autres. Des épisodes similaires avaient éclaté en 2015, 2019 et 2021.

La résurgence actuelle intervient à six mois d’élections locales jugées sensibles pour l’ANC, le parti au pouvoir, fragilisé par une crise économique persistante et un chômage massif. Si les mouvements anti-migrants restent minoritaires, leur visibilité croissante sur les réseaux sociaux et dans l’espace public alimente les inquiétudes des organisations de défense des droits humains.

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