Interview
À seulement 23 ans, Gloria Bash s’impose comme l’une des voix montantes de la scène musicale congolaise. Originaire de Goma, dans l’Est de la République démocratique du Congo, la chanteuse mêle musique, engagement humanitaire et messages de paix dans une région marquée depuis des années par les conflits armés.
Première artiste féminine congolaise la plus suivie sur YouTube, Gloria Bash porte à travers ses chansons un message d’unité, d’espoir et de cohésion sociale. Son parcours l’a récemment conduite sur la scène internationale, notamment à l’Accor Arena lors du concert « Solidarité pour le Congo », aux côtés de Gims, Dadju, Fally Ipupa et Soolking.
Dans cet entretien exclusif accordé à Africanews, la jeune artiste revient sur son enfance à Goma, son engagement pour la paix, sa carrière musicale et l’actualité politique en RDC.
« En tant que femme, ce n’est pas toujours facile de prendre la parole »
Malaika Élysée / Africanews : Gloria Bash, bonjour.
Gloria Bash : Bonjour.
Malaika Élysée / Africanews : Merci de nous recevoir aujourd’hui.
Gloria Bash : De rien.
Malaika Élysée / Africanews : Vous êtes née et avez grandi dans l’Est de la RDC, une région marquée par les violences armées. Comment votre enfance a-t-elle façonné votre identité artistique ?
Gloria Bash : Être une femme et grandir à Goma n’est pas facile. Mon enfance a connu de belles choses, mais aussi la guerre. Je suis une enfant de Goma et cette réalité influence énormément ma musique. Dans plusieurs de mes chansons, je parle de ma ville, je mets Goma en avant et je dénonce aussi les atrocités que nous avons vécues. Malgré les difficultés, mon enfance a aussi été heureuse.
Malaika Élysée / Africanews : Dans un contexte aussi difficile, en quoi la musique a-t-elle été un refuge pour vous ?
Gloria Bash : La musique m’a permis de m’exprimer. C’est une manière de dire ce que je ressens et de faire entendre ma voix. En tant que femme, ce n’est pas toujours facile de prendre la parole. On nous impose souvent des limites. Pour moi, la musique est une véritable arme d’expression.
Malaika Élysée / Africanews : Vous parlez souvent de paix et de cohésion sociale dans vos chansons. Quel rôle les artistes peuvent-ils jouer dans la construction de la paix ?
Gloria Bash : Les artistes portent des valeurs. Nous sommes suivis par beaucoup de personnes, de tous les âges. Nous avons donc le devoir de transmettre de bons messages et de promouvoir des valeurs positives.
Malaika Élysée / Africanews : Vous considérez-vous d’abord comme artiste ou comme porte-voix d’une réalité sociale ?
Gloria Bash : Je suis artiste jusqu’à la moelle épinière, mais je porte aussi la voix des sans-voix. Pas seulement pour Goma, mais aussi pour les déplacés et les personnes démunies. C’est aussi pour cela que je fais de l’humanitaire.
Malaika Élysée / Africanews : On parle souvent de résilience à propos de votre parcours. Que signifie ce mot pour vous aujourd’hui ?
Gloria Bash : La résilience, c’est continuer malgré tout. Goma a traversé énormément d’atrocités, mais j’ai choisi de revenir dans ma ville. À un moment, j’étais partie, puis je me suis dit : “Goma, c’est ma ville.” Si tout le monde part, qui va rester ? Avec la visibilité que j’ai aujourd’hui, je veux montrer que Goma ne se résume pas à la guerre. Il y a aussi du talent, de la culture et de la vie.
« La musique est une arme d’expression »
Malaika Élysée / Africanews : Votre participation au concert « Solidarité Congo » a marqué un tournant dans votre carrière. Que représente cette visibilité internationale ?
Gloria Bash : C’était incroyable. Quand on travaille énormément et qu’on se retrouve à chanter devant plus de 30 000 personnes, cela montre que notre travail porte ses fruits. Et je pense que les meilleures choses restent encore à venir.
Malaika Élysée / Africanews : On entend beaucoup parler de votre nouvel EP. Que faut-il savoir sur ce projet ?
Gloria Bash : L’EP ZOSHI sera disponible ce dimanche 10 mai. C’est pour très bientôt.
Malaika Élysée / Africanews : Qu’apporte-t-il de nouveau par rapport à votre précédent projet ?
Gloria Bash : Mon premier EP est sorti en 2022. Ce deuxième projet met encore davantage Goma en avant avec un message principal : l’espoir. On y retrouvera aussi de la rumba congolaise chantée en swahili. On a l’habitude d’entendre la rumba en lingala, mais je voulais montrer qu’on peut aussi faire de la rumba congolaise en swahili, afin de valoriser ma culture et ma ville.
Malaika Élysée / Africanews : Vous êtes actuellement sous le label Black Star de Gims. Comment se passe cette collaboration ?
Gloria Bash : Ça se passe très bien. Cela fait maintenant un an que j’ai signé chez Black Star. Cette collaboration m’apporte beaucoup d’opportunités et une plus grande visibilité à l’international.
« Goma, ce n’est pas seulement la guerre »
Malaika Élysée / Africanews : Vous êtes née pendant la guerre et aujourd’hui encore, les combats continuent dans certaines parties de l’Est du Congo. Quel message souhaitez-vous adresser aux belligérants ?
Gloria Bash : Nous voulons la paix. En tant que jeunes, entrepreneurs, humanitaires ou simplement citoyens, nous avons besoin de vivre dans la paix. Quand il y a la guerre, il n’y a pas d’opportunités. On ne peut pas s’épanouir dans un pays en conflit permanent. Trop, c’est trop. Nous avons déjà tellement souffert.
Malaika Élysée / Africanews : En RDC, le débat autour d’une révision de la Constitution fait actuellement polémique. En tant qu’artiste influente et juriste de formation, quel regard portez-vous sur cette question ?
Gloria Bash : Avant de parler de révision de la Constitution, il faut parler d’urgence. Aujourd’hui, en mai 2026, avec tout ce qui se passe en RDC, notamment à Goma et Bukavu, qui vivent une situation extrêmement difficile, est-ce vraiment la priorité ? Oui, la Constitution peut être modifiée, mais est-ce urgent aujourd’hui ? Je pense qu’il y a des sujets bien plus importants, notamment la paix. L’urgence actuelle, c’est de trouver des solutions pour ramener la paix en RDC.
Malaika Élysée / Africanews : Merci beaucoup Gloria Bash.
Gloria Bash : Merci.
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